mardi 17 juillet 2012

Get off my cloud

Dans les années ’10 les données ont été « dématérialisées ». Plus besoin de disques durs et de boîtes qui encombrent maisons et bureaux. Chacun frétille avec ses petits doigts sur son écran tactile. Adieu fichiers locaux, vive le CLOUD, espace virtuel quelque part dans le ciel où l’on stocke d’énôôrmes quantités d’octets.
La vérité est bien sûr que des endroits spécifiques, sécurisés, réfrigérés, ordonnés et entourés de quatre murs sont les caves solides où s’entassent des disques durs, comme la pierre qui les protège.
Dans les années ’20, l’emballement des réseaux sociaux 4.0 où chacun poste et partage des vidéos HD 3D ++ conduit à multiplier par 15 les entités de stockage de données. Des zones industrielles uniquement destinées à cet effet sont construites. Au Mexique ou en plein milieu des campagnes chinoises, des milliers d’hectares sécurisés y sont dédiés.
Les années ’30 voient l’expansion se poursuivre. Un tiers du Sahara y est consacré, le Larzac est devenu une suite infinie de bâtiments marron qui bourdonnent discrètement.
En ’35, Al Kaqada lance une série d’attaques spectaculaires via des drones télécommandés sur les zones de stockage Cloud 9 de chez Applesoft. Impossible d’accéder à un compte bancaire pour les citoyens américains pendant 1 mois. Les photos des brésiliens et péruviens (depuis 1928) partent en fumée. Facebook en erreur 404 six mois consécutifs. La Nasa reporte ses programmes de satellite météo.
Au début des années ’40 l’ensemble des fonds marins entre New York et Brest est tapissé d’unités de stockage étanches. Des sous-marins patrouillent 24h/24 sur cette vaste surface pour permettre au tweet de ma cousine Betty à sa copine Lilly, pas très jolie avec son appareil dentaire d’être bien enregistré pour les siècles à venir.   

lundi 16 juillet 2012

Holy Motors : ma foi, quel chef d'oeuvre !

Comme pour le formidablement émouvant long-métrage, qui passait en souffle sur les écrans vaporeux de nos chères salles obscures, j’ai nommé « Il était une fois en Anatolie », mon opinion et mon jugement se fondent sans résistance dans la vague tumultueuse d’éloges des pertinents critiques professionnels.
Je vous tire mon chapeau et ses plumes, Ô vous fins admirateurs du vrai et bon 7ème art, ô journalistes brillants des Inrocks, de Télérama et de toute presse bien plus illuminée de savoir intemporel que nous, spectateurs plébéiens au jugement bien limité et sans accès à l’intégralité des œuvres immortelles de Dreyer, Umut von Dag Junior, Hitoshu Mazumototo et Sadarnappilh Wushabotopinarot le pionnier.
Holy Motors est tissé de fulgurances et de prémonitions tectoniques. Chaque plan saisit aux tripes et s’agrippe au cortex conquis du zélateur soumis qui rend son tablier après cette enfilade de séquences dont la brillance aveuglerait au moins deux fois un Borgès. Ah, cette ironie sous-jacente, critique sociale aguerrie mais mutante qui place notre société aux pieds sales de ses vaines contradictions !
Et ces limousines ironiques qui parlent entre elles, hein ? Et ces plans magiques retiennent le souffle d’Orphée en convoquant les Muses, qui s’en retournent transies nager dans l’Achéron ? Ici, Cocteau se mêle en une flamme rougeoyante aux prémonitions sidérantes des frères Lumière.
Denis Lavant ré-invente une façon tellurique de jouer, il donne sa main pâle à celle d’un bouleversant bonobo. Il écoute foudroyé et ondulant les vibrations célestes de la voix de Kylie Minogue, déroulant en une Samaritaine babylonienne son ode à un passé désespéré dont chacun suit les traces bleuies par le cortège amer de nos souvenirs perdus.   

dimanche 15 juillet 2012

Holy Motors : attention chef d'oeuvre


Ce titre est un faux-ami. Une chausse-trappe, un piège, une embuscade sanglante des Spartiates contre les Perses.
Mon opinion sur le film de Leos Carax est toute autre, car je n'ai pas , mais pas du tout aimé ce film. Mon humble avis (et je vous le donne gratuitement) est le suivant : ce trop long-métrage est décousu, prétentieux, fatigant, glauque, malsain et déplaisant. Du n'importe quoi à l'état pur, du je m'en foutisme en roue libre. Denis Lavant est un formidable acteur certes, mais quid de cette succession de scènes poético-artisto-mélancolo-alcoolo ? Je crie à l'escroquerie intellectuelle, vous savez le syndrome « Festival d'Avignon In » ! Ces pièces incompréhensibles en néerlandais de préférence où des acteurs qui vous méprisent se roulent en hurlant sur des matelas souillés, entourés par des poules lâchées sur scène, tandis qu'une caméra attachée sur le dos d'une tortue filme des images aléatoires diffusées sur écran géant, alors qu'un joueur de cornemuse s'époumone pendant dix minutes interminables en émettant une note unique et stridente. Ne faites pas la moue, tout ce que je viens de décrire est rigoureusement authentique.
Revenons à Holy Motors.
Les critiques parisiens de mes hebdomadaires préférés ont a.d.o.r.é., mis 5 étoiles, le bonhomme qui rit, des « plus plus » dorés en masse.
D'habitude, on est d'accord, là je suis très fâché avec leur jugement idolâtre. Cela m’arrive fois par an environ. Je suis un vert pâle en sortant de la séance, et en plus j'avais convaincu ma chère épouse de venir avec moi, au détriment d'une bonne vieille comédie que nous aurions adoré tous les deux.
Tout comme pour « Il était une fois en Anatolie ». Ah, vous n'avez pas vu ce film ?
Un véritable chef d’œuvre, je vous assure !


lundi 9 juillet 2012

Fallait-il diffuser cela ?



L’ Assemblée des Vieux Khans de l'Audiovisuel (AVKA) a reçu un texto de protestation modérée de la part du Comité des Familles de Victimes des Tueurs en Série (CFVTS). Le directoire de cette organisation émet une remarque sans effet impactant (RSEI) pour signaler son opinion subjective défavorable, suite à la diffusion intégrale aux Journaux de 13H00, 20H00 et 22H30 du découpage de victimes mineures et leur assaisonnement sauce gribiche, in extenso. La chaîne TFT1.0 avait assuré juridiquement l’exclusivité des droits de passage de ces bons morceaux (si j'ose dire), achetés à prix raisonnable auprès d'indicateurs fiables des services de la Police Privatisée Nationale (PPN). Les tarifs publicitaires ont été majorés de 30% à cette occasion d'Audimat priapique. 
Ces actes rituels et terroristes ont été diffusés en HD3, compatible avec vos lunettes 3D.
Un rendu olfactif 2.0 a été supervisé par un expert près la Morgue de Paname (MDP). Le Blu Ray est en vente au Téléchachat, avec les bonus making-of et la biographie des tueurs, ainsi que leur casier judiciaire intégral et le lexique trilingue des insultes employées pendant les tueries.
TFT1.0 organise un grand jeu : « Joue et gagne un voyage pour aller mater la tombe des victimes et un repas avec leurs parents qui pleurent » en partenariat avec le sponsor Couteaux La Virole. Envoyez « je kiffe de voir ça en live » au 6789, 1 euro plus 7 MMS avec rappel au 3456, 34 centimes d'euro la connexion plus un abonnement obligatoire de 5 euros par mois.
Merdy's a salué cette initiative en donnant le label HAAA ! + à TFT1.0 dont les actions ont gagné 12%, surtout après l'annonce d'un tout nouveau show de Télé-Vraie-Alité (TVA) : »Grogro Lanta 8 » avec torture à l'électricité 220 Volts dès l'épisode 1.



dimanche 8 juillet 2012

Rue de Seine



         Tu verras, tu arrives devant le 14, c'est une grande porte bleue. Tu fais le code 442B, tu entres. Tu passes cette jolie cour très calme, laissant un atelier de peintre à droite et tu arrives devant un couloir. Au bout du couloir, un ascenseur, c'est au 6 ème étage (facile à retenir, 6 comme 6 ème arrondissement).
L'appartement fait juste 155 mètres carrés sur deux niveaux et la terrasse à peine 30. Oh, c'est tout simple chez nous : une grande cuisine à l'américaine et sur mesure signée d'un designer italien peu connu mais assez classe, une chambre pour nous et deux autres pour les amis, un petit salon multimédia-salle de cinéma, un bureau-bibliothèque pour moi, sans oublier une salle de bains assez réussie puisqu'elle figure régulièrement dans le supplément « maison » de quelques magazines urbains. Marrant, non ?
Ce qui est sympa, c'est bien notre terrasse aménagée et on mangera là ce soir, entre nos oliviers et citronniers, à la lueur de quelques photophores, tandis que la musique sera diffusée en quadriphonie autour de nous grâce à ce très ingénieux système d'enceintes wifi intégré dans tout l'appartement.
Tu sais depuis la parution de mon dernier essai chez Galliflamm, les droits d'auteur s'accumulent sur mon compte. Même pas pas envie de m'expatrier en Suisse, et avec ce qu'il me reste je peux encore donner quelques belles sommes à la Croix Rouge...bien sûr, un voyage par mois pour prendre l'air en classe business.
La deuxième villa en Toscane que nous avons acquise, elle est pour nos fils et leurs amis. C'est plus simple, elle est juste à côté de la première, et on a pris une douzaine de Vespa pour que tous puissent se balader à loisir.

Hein, quoi ? Oui oui, je vais la bouger ma camionnette ! On peut plus s'endormir quand on livre maintenant ?


Nettoyage à sec


Le Président de la multinationale compliquée, Peter Langreodo avait le blues. 20H56 disait l'horloge de son vaste bureau. Il était seul, la dernière téléconférence du vendredi avec ses zélés Directeurs était terminée. Le personnel avait quitté le Siège.
Épuisé, il but un fond de verre de Coca Light tiède, portant encore une vague trace de rouge à lèvres.
Son souci était autre : vieux renard du monde infernal des firmes, il sentait que la sienne était frappée d'un malaise étrange, d'une paralysie surprenante. Plus d'idée pertinente, plus de fulgurance ni d'avancée ne montaient jusqu'à ses oreilles flattées. Plus d'initiative, de découverte, de nouveauté.
Uniquement des rapports accablés et des complications procédurales, sans oublier une courbe des dépenses frénétiquement priapique.
Il décida d'aller fureter dans l'énorme bâtiment. Un veilleur de nuit l'aperçut sur son écran de contrôle verdâtre, pensa « oh, gaffe, c'est l'grand yaka » et Langreodo poursuivit sa ronde inquisitrice.
Rusé, il inspecta les imprimantes partagées et fut surpris d'y trouver tant de documents abandonnés, attendant une main charitable qui les jetterait dans une poubelle gloutonne.
Fort de ce bel échantillon de la production de ses troupes, il retourna les bras chargés dans son bureau.
Il se mit à tout décortiquer avec son sens aigu de l'analyse.
À 01H56, il commença à comprendre.
À 02H23, il avait le rouge au front.
À 03H24, il rédigea une note brève à son directoire, sortit et rentra chez lui à pied.
Le lundi suivant plus aucun des 245 consult-sangsues ne fut admis dans le bâtiment, leurs contrats furent récusés, leurs bureaux déblayés.
Une première mondiale qui fit jurisprudence.
Langreodo ne resta plus boire en solitaire du Coca tiède le vendredi soir à des heures tardives.


jeudi 5 juillet 2012

Bref, j'ai pas (encore) arrêté mon blog

Taux de notoriété : 99% chez les moins de 99 ans, la minisérie « bref », est l’un des rares morceaux sauvables du Gland Journal de Canal Banal. Par ailleurs regardé en différé sur Internet, jamais en direct (voir le raide Denisot et sa troupe de faux branchouilles faire de la promotion-réclame, c’est au dessus de mes forces). Tranches de vie, observations pertinentes, ironie et allusions. Oui, c’est moderne, Bref, est futé, rapide et la vie est bien saisie au vol, avec humour, un peu de mélancolie et un punch scotchant.
Ce qui est intéressant, c’est justement que Bref s’arrête (en tout cas… l’annonce !). Tout comme les Clash qui ont stoppé net avant de jouer à Las Vegas et d’être gros comme Elvis en 1977 ? Pas comme « lai crétin sont dan votre pauste téllé », morceaux moisis de téléréalité affligeante épisode 23 ? Oui, Monsieur.
Savoir arrêter de produire les mêmes bêtises est un signe d’intelligence, surtout si l’on n’est pas Marcel Proust. Alors me direz-vous, tes chroniques à deux balles et ton blog à encore moins cher… tu nous sors le clap de fin avant d’avoir de l’arthrose à tous les doigts ou bien quand un français gagnera Roland Garros, hin, hin, hin ?
Je répondrai :
Petitin : je ne tape qu’avec mes 2 index, donc pour l’arthrose, il y a de la marge et des doigts en réserve.
Petideu : bientôt la reconnaissance vocale sera au top, donc je pourrai causer direct à Word et même faire un blog qui s’appellera 178900 signes.
Petitroi : Tsonga pourrait gagner un jour, non ? (hin, hin, hin)
Petikatre : punaise, c’est vrai, je serais inspiré de me concentrer sur d’autres formes d’écriture.
Et puis, c’est mortel, j’ai regardé des photos d’Elvis en 1977 et de mon idole Joe Strummer en 1999 : les deux avaient vraiment mauvaise mine.