mercredi 25 juillet 2012

Playback in black

Bonjour, vous êtes le journaliste choisi pour cette interview exclusive. Vous en faites une tête ! C’est moi, je suis vivante et en pleine forme et je vais vous parler en français. Vous vous débrouillerez pour traduire. Ce que je vais vous dire va faire du bruit.
Moi, Ilana dell’ Ikona, la reine de la chanson, suis vivante, malgré l’annonce de ma mort il y a pile un an. Hey, petit gars, relax, dans la voiture qui brûlait, ce n’était que ma doublure v7.  Charles, veuillez servir un Gin Tonic à ce jeune homme.
Comment ne vous en doutiez vous pas ?
Je veux dire,  pour les doublures ? Les tournées mondiales, les concerts de 3 heures avec chant et chorégraphies de midinette ? Non seulement c’était du playback, depuis longtemps mais des doublures me remplaçaient. Je vis ici, sur cette île discrète depuis 10 ans déjà.
Je regarde les royalties qui s’accumulent sur mes comptes. J’avais ma doublure concert v3 pour l’Europe, la v4 pour l’Asie et la v5 pour les USA.
En studio, c’étaient v2 ou v6, elles chantaient très bien. V7 servait pour les déplacements, les plateaux télés et les remises de prix. La pauvre, c’est elle qui a péri en ce triste jour, quand le dingue s’est jeté sur la voiture, avec sa ceinture d’explosifs… vous connaissez l’histoire. J’avais eu raison d’arrêter, non ?
Vous êtes tout blanc.
Allez, buvez.
Charles vous fait des Gin To’ à réveiller un Jay-chael  Zackson ! Quoi ? Lui ? Il a sa villa sur la côté Est de l’île. Mais non, pas mort du tout et en forme. Il a repris des couleurs, si j’ose dire. Le pauvre, il n’avait qu’une doublure danse et 2 voix.
Surmenage, harcèlement par les fans : il a dû inventer cette histoire de mort subite à cause des médicaments.
Et il va à la pêche tous les jours avec le vieux Melvis Graisley.
Buvez, buvez.

mardi 24 juillet 2012

L'égout et les couleurs

Il faisait trop chaud pour la saison.
Le 14 octobre vers 22h30, ce fut un rat de 41 centimètres de long qui sortit des égouts et fut abattu par un policier qui passait, alerté par les cris d’une passante. On dépêcha le lendemain une équipe de nettoyage spécialisée qui extermina une impressionnante troupe de rongeurs aussi énormes, voire plus. Mais ce qui fit la une des journaux  le 22 furent sans conteste les rangs serrés de cafards géants qui entraient dans les maisons par les canalisations. Un vent de panique courut sur la ville, relayé par des médias aux aguets, toujours prêts à mettre en une de façon répétitive une information malsaine. Et il s’agissait bien d’une invasion peu agréable. Les ventes d’insecticides les plus puissants explosèrent, surtout dans les banlieues Nord-est et Sud. Une action conjointe du Ministère de la Santé, des pompiers et de la gendarmerie permit d’en trouver la source : les égouts de la ville, une fois encore. Les patrouilles d’inspecteurs protégés par des combinaisons intégrales NBC (et armés) fouillèrent les moindres recoins du très vieux réseau de canalisations. Quelle ne fut par leur surprise d’y trouver des champignons sur dimensionnés tapissant les murs, entourés de lichens aux couleurs étranges, et des résilles d’algues aux formes inconnues. Par chance, nul ne se fit piquer par les moustiques colossaux qui arrivaient  par nuées, en un contrejour malsain, éclairés violemment par les rais des torches qui illuminaient ce spectacle hideux.
C’est alors que l’on se souvint que les Jeux Olympiques avaient eu lieu 2 mois plus tôt.
L’évacuation massive de fluides corporels puissamment chargés de matières expérimentales avait permis à la faune et à la flore des égouts de battre des records, à leur tour.      


lundi 23 juillet 2012

Pourquoi je hais le Tour de France en une phrase


Il m'est insupportable de contempler chaque année cette masse de sportifs au QI peu élevé et à l'interview pénible dont la capacité de souffrance est le seul mérite reconnu, vêtus de la façon la plus proche qu'il soit du panneau publicitaire surchargé en des couleurs criardes pour vanter le mérite de marques obscures, dont chacun sait que les performances sont attribuables à un dopage formidablement déloyal et connu de tous depuis toujours (et là je vous prie de vous référer au journaliste Albert Londres, qui publia Les Forçats de la route en 1924 où il décrit le phénomène du dopage en détail), cette tricherie honteuse qui contraste avec les commentaires béats que la presse et les radios-télévisions nous assènent de façon excessive dans un espace médiatique sur dimensionné et irritant pour évoquer ce que certains vénèrent, idolâtrent, et n'est qu'une immense caravane publicitaire, bruyante et grossière, traversant à coups de klaxon répetitif rehaussés de décibels assourdissant les campagnes de notre pays qui se passerait bien de voir paralyser ses routes et ses accès de façon scandaleuse pendant cette interminable épreuve sportive qui de fait n'intéresse qu'une minorité du public mais porte à se presser le long des routes saccagées par leurs cortèges des milliers de vacanciers hébétés, attendant avec voracité un quelconque gadget, poussant leur progéniture à voir filer des garçons à peine plus vieux qu'eux, le nez collé sur les fesses de leur prédécesseur, qui n'auront vu de l'hexagone que des chambres d'hôtels où les attendent des seringues pleines et des cerveaux vidés, dans des villes-étapes pleines de flons-flons ringards, de haines de voisinage et d'usines désertes, éradiquées par les délocalisations. 

 

vendredi 20 juillet 2012

ctrl alt suppr

Focus et colère sur le temps infini que nous perdons à attendre en vain ou réaliser des actions inutiles avec nos petits doigts face à nos écrans informatiques. Pourquoi nous demande-t-on un code et un autre, toutes les 5 minutes pour n’importe quelle application ou site web ? Helloooo,  c’est moi ! Qui, à part ma pomme, va se servir de ce PC pourri, tas de geeks ! Lâchez-nous avec ces barrières omniprésentes…  
Les codes et les clés ? Ils sont oubliés aussi vite qu’ils sont donnés et il n’est même pas possible de choisir ce que l’on veut (genre son prénom et BASTA) !
Bon sang, qui veut piquer les pauvres informations dont je dispose et les accès à ma misérable commande d’objets en tous genres ?
Ordinateurs, fabriqués en série par de pauvres gosses en Asie du sue-test, dont on nous promet des performances toujours plus infinies…. Toujours incapables de s’allumer et s’éteindre simplement ! Je veux un machin avec « on » et puis « off », NON, pas de mot de passe du tout, c’est MON machin : juste « ON « et «OFF ».
Appuyer sur les TROIS touches ctrl alt suppr, QUI a inventé cette idiotie ? Un maniaque contorsionniste dyslexique sado masochiste ? Et les claviers, voilà aussi une belle atteinte à la vie simple. Les majuscules et les chiffres et les points et les virgules : le NOMBRE de fois où l’on corrige ce qu’on écrit ! Chaque jour, chaque mail, chaque texte ! Quelle sombre tarte a finalisé l’agencement de touches ? Qui y a caché  de mystérieuses fonctions qui vous font sauter hors de votre tâche et perdre votre travail en cours si vous touchez par hasard 2 touches conjointement (malédiction bizarre) : ces programmateurs fourbes sont-ils des démons déguisés en nerds à lunettes ayant le final cut sur les prototypes de machines grand public ?     


mercredi 18 juillet 2012

Woman E.T.

C’est au moins 90% de ses bénéfices que la banque Lehmann Sisters distribue chaque année aux O.N.G.
Quant à Baba Al Assad, elle a tenu à partager l’intégralité de son palais présidentiel avec les indigents, ne gardant qu’un petit bureau équipé d’un lit de camp où elle travaille sans relâche. Mode : Les taliba-mazones afghanes portent toutes cette année le mini niqab de chez Christiane Dior, qui ma foi, ne couvre guère que leur fort joli nombril. Natascha Poutine est rentrée ravie de sa visite officielle en France, où elle a reçu la Grande (sic) Croix de la Légion d’Honneur des douces mains de Valérie Hollande pour la féliciter de son action en faveur des cultures bio’ (haute qualité environnementale)  en Tchétchénie.
Marcelle Dassault Jr. Vient d’annoncer le lancement du Brise 2000, long courrier de 520 sièges à propulsion électrique recyclée.  Madame Lucienne Peugeot inaugure avec Mrs. Mala Tata une usine autogérée de moteurs à soja dans la riante banlieue sud de Green Bombay. Simone Poulidor a visité le Musée des sports, s’arrêtant quelques instants devant les activités oubliées du siècle passé : le football monétaire et la course cycliste chimique. Quel moment amusant que de voir ces visages dénués d’intelligence, ces corps endoloris et cette folie de vains résultats !
Quand Paulette Bocuse sort une nouvelle recette, elle envoie un e–mail à Jane Oliver qui la teste immédiatement sur BBC Love ou Girl Radio.
Mais qui est donc cette Sieglinde Freud qui prétend que nous sommes devenues bizarres, voire dérangées ? Et cette Jeanne Lacan ?
Je suis un peu choquée, mais ne parlons pas (à voix haute) de ce très insolent Simon de Beauvoir et de son ami François Dolto ! Alors, là, cela dépasse l’entendement et sont-ils seulement autorisés à s’exprimer ?

Jeux Olym-triques

Le Comité Olympique dut se réunir de nombreuses fois, procéder à des votes houleux, des débats furieux et à des expulsions remarquées de certains de ses membres (flapis). La réalité était là : les J.O. étaient depuis longtemps le théâtre d’une véritable orgie sexuelle entre athlètes, pendant toute la durée des épreuves. Au Village, pas un moment sans désir exacerbé et copulation immédiate, facile.
Une frénésie quasi-animale animait ces sportifs de haut niveau. Imaginez ! Des milliers de corps jeunes, surentraînés, gavés de produits a minima appelés « remontants ». Des cerveaux enflammés par le désir de vaincre, une envie de séduire le monde entier et l’orgueil de représenter une nation. A cela vous ajouterez la chaleur de l’été et la notion d’occasion amoureuse unique doublée de l’absence de conséquence, le tout pimenté d’un éloignement quasi carcéral et nous avions le cocktail explosif permettant des amours torrides, spectaculaires et sans avenir impliquant.
Le Comité Olympique se réunit en conclave, une dernière fois, puis lista, devant une presse effarée les nouvelles épreuves à venir, plus en ligne avec l’épanouissement charnel des participants.
On nota l’arrivée du saut à ma perche, du relais 4 fois 4 filles ou 4 fois 4 garçons, du lancer de string et du sex-tathlon. Des sifflements d’admiration saluèrent le basket main au panier, le pénis de table et la voile à poil. Certains journalistes s’imaginèrent eux mêmes prenant part à la lutte gréco-grecque, au judo-gratte voire à la fellation synchronisée. On comprit les nouvelles notions de médaille dard, d’agent et de bonze.
La question de la diffusion payante et des contrôles d’accès sur abonnement fut bien sûr abordée en fin de programme.
Ceci dit, on allait enfin réveiller Coubertin.  

mardi 17 juillet 2012

Erreur 404

Le message d’erreur apparut, encore une fois, à l’écran.
Il se prit la tête entre les mains.
Lentement, les deux coudes posés sur le bureau. Cela dura une demi-minute, en pose façon Quattrocento, toile de martyre ou de saint, mais sans la lumière dorée qui vient d’en haut.
Puis il se frotta le front 3 fois.
Un grognement sourd, au début assez faible, sortit de sa gorge. On aurait dit le bruit du tonnerre, quand on aperçoit un énorme nuage noir au loin.
Son cri monta en une seconde pour atteindre un niveau sonore impressionnant, digne d’un film d’horreur de série Z.
Il se leva d’un bond, agrippa l’écran plat qu’il souleva du plan de travail avec une rapidité et une force animales. Les câbles ne résistèrent pas à la traction, suivirent le mouvement, créant une comète improbable ornée de quelques étincelles. Il envoya le tout avec un œil fou dans la porte en verre, cette dernière explosant sous l’impact.
Sa rage n’était pas consommée et il balaya violemment de la main droite tout ce qui traînait sur son plan de travail : le pot à crayons, la lampe, quelques dossiers empilés et même un gobelet de café. Les gouttes projetées tracèrent une constellation brun clair sur le mur blanc. Elles se mélangèrent à celles, sanglantes, qu’il ajouta en agitant les bras, s’étant coupé à cause des éclats de verre des cadres et tableaux qu’il brisait en deux par le milieu, criant « putain, putain, putain ». Il les lança un par un vers la porte brisée et l’écran démantibulé, rejoignant des papiers épars et des stylos en vrac. Schkling.  
Il ne s’arrêta qu’après avoir sauté 11 fois sur son I-pad et défoncé son Blackberry à grands coups de dossier du fauteuil, qu’il avait désossé, fracassé, la main droite dégoulinant de sang et la chemise maculée.
En sueur, il se remit à sourire.