jeudi 14 juin 2012

Sorry, Lana (je me suis trompé)


J'avoue humblement. Je fais un « mea culpa ». Voici le texte officiel de mon communiqué de presse :
Lana Del Rey fait de belles chansons et j'aime vraiment beaucoup certaines d'entre elles. Et en plus, ce sont les 'tubes » qui passent en boucle sur TV et radios.

Quoi ! J'entends la voix de ma conscience artistique, habillée non pas en Jiminy Cricket, mais en Ian Curtis -la corde au cou- qui me dit : «  tu sombres dans le facile, petit, ce n'est pas assez underground ni injustement méconnu ! Tu vas finir par écouter les daubes de l'Eurovision, mon ami, noon... Mais Smash ! J'entends aussi la voix du bonheur musical, habillée non pas en ange immaculé, mais en Elvis Presley -juste avant qu'il ne devienne gros- qui me dit : «  Tu aimes ? Alors écoute, petit, tu t'en cognes des idées snob et si ce n'est pas une artiste maudite et moche tu ne vas pas faire la tronche ? Tu ne veux pas finir aussi coincé qu'un juré de l'Eurovision, mon zami ?
Bref, j'avais fait mon snob avec la belle Lana. Justement parce qu'elle est trop belle, trop parfaite et qu'elle chante si bien. Des clips sulfureux, beaux, tristes et complètement lynchiens. Et moi qui n'avais pas craqué, restant comme certains critiques des Inrocks : de marbre, face à un album plébiscité par le public.
Et en PLUS, les Inrocks, eux, ont a-do-ré Lana Del Rey et moi, triple buse, je me méfie encore, je ne fais pas attention.
Donc, j'ai ré-écouté Video Games, Blue Jeans, Born to Die, puis l'album entier, puis deux fois, puis trois et je suis mordu par sa voix grandiose et ses chansons majestueuses. Et je perçois des fêlures dans son glamour, avec des visions terribles comme dans les livres de Bret Easton Ellis. Magnifique et décadent.
Terrible.

Sorry, Lana, leçon retenue, merci pour tout.


mercredi 13 juin 2012

Petits Marabouts


Monsieur Cissé ne garantit pas la fin de tous vos problèmes. Pour au moins cent euros les deux séances un peu bâclées, il n'est pas sûr de trouver de solution à ce mal qui vous ronge et vous empêche de dormir.
Madame Bâh n'arrivera sûrement pas à vous redonner de la puissance sexuelle.
Le retour de l'être aimé ? Tiens : accroche-toi Rémi ! Et puis l'amour, ce n'est pas en allant traîner dans son échoppe sordide du 19ème arrondissement que vous allez le rencontrer. En plus, elle a cuisiné des trucs frits, elle est de mauvais poil, vous sortez de sa consultation dépité et les habits qui sentent le gombo revenu dans l'huile d'arachide. Pour séduire, on a inventé mieux, non ?
Le Professeur Diabitou n'a de professoral que ses lunettes rondes, dont les branches mal ajustées lui donnent un drôle de regard. Même le match de football Allemagne-Sénégal, il n'a pas su en donner le résultat à 20 minutes de la fin. Il se trompe sans arrêt, il dit des conneries et il est aussi fiable qu'une machine à coudre albanaise. Il hausse les épaules et vous prend le billet de 50 euros des mains en disant qu'il n'a pas de monnaie, merci, et c'est fini.
Le Médium Mamadou dit qu'il vous assure de passer les examens et concours « finger in the nose », mais en aparté, il vous glissera que vous feriez mieux de réviser et les Maths ET le Français. Il a fait imprimer 3000 tracts à distribuer aux usagers énervés du métro qui s'engouffrent dans la station Jacques Bonsergent. Si on lit bien,on y dénombre au moins dix fautes d'orthographe ! Chapeau !
Le soir, Monsieur Cissé, Madame Bâh, le Professeur Diabitou et le Médium Mamadou se retrouvent pour une partie de whist, boivent du Lemoncello et que personne ne vienne les faire suer, sinon, ils lui jettent un putain de sort carabiné.

Boîte de Pandore

-Bonjour Monsieur, veuillez stopper le véhicule. Merci de présenter les documents et packs obligatoires nécessaires à la circulation. Et merci de sortir votre cristal de données Auto Pad.
-Pas de problème, je pense tout avoir.
Permis de conduire 4D, assurance et historique juridique, attestation de casier judiciaire, relevés bancaires depuis 5 ans et fiches de paie depuis 10 ans ?
- Voici ma carte Data Pers NF150, vous pouvez la scanner.
-Oui, cela semble passer sans bipper…
-Alors, continuons, et dans l’ordre de la fiche AFNOR 2033 modifiée 2034, SVP ! Contrôle technique mensuel 132 points ?
-A jour, voir les 3 autocollants sur mon pare-brise et l’oriflamme 3D sur le toit, il est tout neuf !
-19 éthylotests valables ? Vos résultats de prise de sang hebdomadaire ? Votre bilan Viral 2.3 à jour ?
-Les voici.
Un gilet fluorescent, un casque anti-feu, une lampe 1000 watts et 36 piles, une hache brise-glace, un avatar gonflable de signalement de panne, un ventilateur 6 pales ?
-Tout est là, dans le coffre et sur les sièges arrière.
-Une trousse de secours NF 2035 avec poche de plasma non périmée, les 37 médicaments listés, 5 anti-inflammatoires, un kit défibrillateur et une civière pour 2 personnes ?
-Un peu tassé, mais j’ai tout, regardez.
-Autorisation de circuler Ville-Campagne-Périphérie et Bords de Mer ?
-Sur cette clé de données holographiques, tenez, voici mon cristal Auto pad.
-Tout semble à jour. Hmm, tiens, vous roulez sans ceinture de sécurité ?
-Mais, je l’avais attachée avant de  vous montrer tous les documents !
-Là, elle est détachée !
-Là, je suis à l’arrêt…
-Ce n’est pas une raison ! Procès verbal, amende, mise à pied, suppression de points sur le permis ! Aah  vous allez voir ce qu’il en coûte de ne pas respecter le Code de l’Espace Routier !!

mardi 12 juin 2012

Nano-pouvoirs

Ralf Snorton ronflait comme un sonneur mais il suffisait à son épouse de prononcer les mots « Crumble, Fish, Salt » pour qu’il arrête à la seconde.
Alice Berton avait un parapluie noir auquel il manquait une baleine. Quand Alice le prenait au bureau et le plaçait à droite de sa corbeille à papier, il ne pleuvait pas certains jours de novembre.
Phil Donizetto ne renversait jamais de nuôc-mam sur la nappe blanche des restaurants vietnamiens, ni de vinaigre balsamique dans les gargotes siciliennes.
Quand il se tenait devant un rayon de supermarché, cherchant un article précis, Fernand Logé ne voyait quelqu’un se placer juste devant lui qu’une fois sur quatre !
Le sèche-cheveux de Marie-Véronique de Pont-Sailly pulsait de l’air chaud même si son pouce appuyait sur le bouton avec le pictogramme qui représente un simple ventilateur.  
Marc A. Villiers pouvait fermer les 7 boutons  de sa chemise blanche sans se tromper une seule fois et enfiler une ceinture dans son pantalon gris sans manquer un passant.    
Quand Aurélie Kruger montrait un pigeon du doigt pendant 11 secondes consécutives, le volatile s’envolait ou partait en se dandinant dans une direction opposée (pourvu qu’il ait été à terre).
Ginevra Fontanelle n’était jamais arrivée à une seule réunion avec moins de 9 minutes de retard depuis six ans et elle avait eu 2.13% d’augmentation salariale l’an passé.
Si le téléphone portable Nokia 6589 éraflé de Jean-Jacques Dufort se mettait à sonner le matin, il tapait dans ses mains et la sonnerie (« Oh When The Saints », par George T. Philips JR.) stoppait au bout d’environ 35 secondes.
Matthieu Willhelm ne pensait jamais à l’air entêtant de La Danse des Canards ; ainsi, il ne l’entendit pas une seule fois de 1992 à 2017. Et seulement 8 fois de 2017 à 2025.

Ondes de chic

Cela n’arrivait qu’à une poignée de personnes. Cela ne se produisait que rarement. Il fallait avoir beaucoup de chance pour disposer d’un ou deux nano-pouvoirs.
Seuls en étaient dotés ceux qui un jour avaient stoppé leur four à micro-ondes de marque Saliouchine, modèle XF-22, millésime 1991 ou 1993, alors qu’il restait 7 secondes dans un cycle de cuisson rotatif-invection, tout en portant un bracelet de cuivre ou en contenant au moins 73%. Des normes de fabrication peu scrupuleuses et l’utilisation de plaques métalliques issues du recyclage d’anciens sous-marins nucléaires de la marine soviétique pourraient être à l’origine de ces phénomènes.
Dario Benedetti ne se coinçait jamais un vêtement dans une poignée de porte, fut-il pressé et tenant son imperméable à la main.
Hans Standel touchait une pile usée et elle était (à moitié) rechargée. Notez que cela fonctionnait pour les types AAA mais pas les AA.
François Guérando ne faisait plus de faute de frappe alors qu’il écrivait des e-mails : aucun « z » ne s’intercalait plus dans un mot, ni de virgule à la place d’un point d’interrogation.
La soupe aux nouilles de Mademoiselle Li Hoha se réchauffait à température idoine à condition qu’elle tienne son bol à deux mains en comptant de 29 jusqu’à 5, à rebours.
Erik Bratessen n’avait qu’à s’asseoir à la place du conducteur dans sa Saab 900 rouge lorsque la température extérieure était proche de 2 degrés et elle démarrait sans que la clef de contact ne soit sortie de sa poche.
Maria Brambolla touchait une tomate verte et elle était mûre. De plus elle arrêtait toujours l’eau des pâtes qui cuisaient pile au moment où elles étaient juste al dente, parce qu’elle entendait un faible son de hautbois dans son oreille droite.
Pendant 1 seconde et 8 dixièmes.  

vendredi 8 juin 2012

Vis ma vie de VIP

Je suis le grand yaka, le chef, le boss, un senior quelque chose ou ze vipi d’un bout de la planète dans une entreprise multinationale, énorme et formidable. Enchaîné par le pouce à mon smartphone qui n’est pas fun, je fais défiler du haut vers le bas la litanie des rendez-vous qui s’empilent. Zip, un dîner et encore un dîner, zap une téléconférence interminable, zoush deux rendez-vous au même moment. Allant de limousine en cocktail, je dors une poignée d’heures dans des suites larges comme des terrains de handball et dans des villes dont le nom est aussi inscrit sur ma carte d’embarquement. Une armée de personnes très zélées s’occupe de mon confort terrestre, je ne paie pas un cent où que je me trouve, même si l’addition doit être parfois salée. Des cercles concentriques des courtisans me sourient, m’envoient des rapports, des e-mails circonstanciés et des explications toujours merveilleuses. Le futur sera encore plus brillant que notre passé pourtant extraordinaire et fondateur ; je n’ai jamais vu une courbe se diriger vers le bas du tableau, c’est drôle, non ?
A mon approche on tremble, on pleure, on s’affaire. Si je visite une filiale, je crois qu’ils passent plusieurs jours à ne plus penser qu’à ma visite, à préparer des présentations que je lirai à peine. Ce qui pourrait être drôle, si ce n’est que pendant ce temps ils oublient tout de ce que je voudrais qu’ils fassent, justement !
Plus d’un collaborateur a renié tout principe moral pour espérer se montrer sous un jour favorable dans ma galaxie. J’ai rarement vu ceux qui ont été trahis, jetés, méprisés et humiliés.
A mon niveau, et c’est là un de mes privilèges, la misère humaine se résume en quelques lignes d’un tableur imperturbable.
Excusez-moi, un chauffeur m’attend déjà.

dimanche 3 juin 2012

Mye, Mai-thelf, Hendaï

Mye se réveille toujours trop tôt. Mai-thelf réfléchit vraiment beaucoup. Hendaï a le sens de l’humour.
Mye est nerveux, il parle vite. L’autre jour, il a encore fait de grands gestes en parlant et « paf », le café s’est renversé. Par chance, aucun document important n’a été touché. Et puis, c’est fatigant, quelqu’un qui ne s’arrête jamais. Lui-même s’épuise certains jours et aimerait dormir une fois une nuit entière sans boire un seul verre d’eau. Son rythme cardiaque est rapide, parfois emballé. Il fait du sport et cela lui fait grand bien.
Mai-thelf est en revanche cultivé. Il connaît la Nef des Fous, Géricault, la Frise des Archers au Louvre et des tas de groupes rock pointus. Voter plus à droite que le centre gauche lui semble une hérésie et il fait des dons par virement bancaire sur le site des ONG. Jean Moulin au Panthéon avec la voix de Malraux, cela lui serre toujours le ventre.
Hendaï est un marrant. Pas un jour sans jeu de mot, astuce ou blague. Il écrit des commentaires sur Libération.fr et les Inrockuptibles ont déjà publié quelques unes de ses répliques. Il aime se déguiser et face à un peloton d’exécution, il chercherait peut être encore une dernière citation tordue. Les balles lui iraient droit au cœur.
Mye énerve un peu sa femme. Mais Mai-thelf l’adore et a transmis des tas de trucs à ses deux fils, comme Audiard, Le Bon la Brute et le Truand, Massive Attack et le poing levé des Rouges. Hendaï les fait tous rire et n’arrive même plus à les enfumer, tant ils connaissent ses vieux trucs, comme la reformulation et le changement de sujet.
Ces trois là sont majoritaires au conseil d’administration de mon âme.
Moi et Surmoi ont quelques actions et tentent parfois quelques mauvais coups, mais bon, dans l’ensemble…
Me, Myself and I.