lundi 25 juin 2012

Saint Drone

Le Président descend la passerelle de l’avion. Il fait chaud, la fanfare militaire commence à jouer. Un bouquet est prêt pour la première Dame. Tiens ! Se dit-il, quelle est cette abeille qui s’approche de moi avec un bruit de perceuse, suraigu et déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa dernière pensée. Le mini drone télécommandé par les hommes d’Al Kaïdure explosa à 5 centimètres de son crâne dégarni, créant un geyser vermillon dont les images passèrent en boucle sur tous les JT pendant une triste semaine.
Lady Mamonna sort de la douche en sifflant faux et sans cacher ses parties les plus intimes. Il fait froid à Los Angeles, mais une fenêtre de sa suite est entr’ouverte. Gosh ! se dit-il (c’était un homme, en fait) quelle est cette libellule qui s’approche de moi avec un bruit de shaker, trop grave et déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa première pensée intelligente. Le mini drone télécommandé par les paparazzis de Dirty News World le photographia nu à 15 centimètres, prenant une image rosâtre dont les copies passèrent en boucle sur tous les tabloïds pendant un affligeant trimestre.
Gérard Lorgeard descend de sa Peugeot cabossée. Il fait chaud, le mariage du cousin Nénesse c’est aujourd’hui, la chorale du coin chante devant l’église en béton de Flagny sur Orge. Un bouquet est prêt pour la mariée, déjà enceinte de 6 mois. Tiens ! se dit-il, quelle est cette merde volante qui s’approche de nous avec un bruit de contrebasse en la 440 déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa dernière remarque désobligeante de la journée. Le mini drone télécommandé par les cousins du marié, filma la cérémonie à 5 mètres au-dessus des crânes dégarnis, créant un film assez mignon dont les images furent regardées sur les téléviseurs des invités pendant une sympathique année.

dimanche 24 juin 2012

Echo and the monument


Les WC dans les pays anglo-saxons sont mal conçus. Cette manie de mettre des portes trop courtes en bas et en haut ! Aucune intimité…et surtout un partage des bruits inévitable, quel ennui pour un français habitué à une solitude tranquille.
L’autre jour, Mr V., employé dans une multinationale, se rend aux toilettes d’un hôtel de Munich. Après 3 jours de séminaire paneuropéen, il a les intestins noués, la tripe douloureuse et veut profiter de l’ultime pause de cette interminable séance plénière pour filer aux toilettes et se soulager enfin. 
Tant de pains au sésame, de saucisses et de bières ont irrité son système digestif. Mince ! L’endroit est digne d’un funérarium côté marbre, mais ces damnées portes sont minimales, l’on aperçoit les pantalons tombés sur les chaussures. Hmm, hmm, il se retient et attend que le dernier participant sorte en se pressant, car la pause est terminée. Tous les grands chefs de la Compagnie ont fait le déplacement, chacun doit être vu opinant du bonnet aux déclarations formidables et aux présentations colorées.
Mr V. s’engouffre dans un WC et s’assied sur le trône. Soudain, horreur, entrent deux big boss de la boîte, parlant fort. Il reconnaît leurs voix.
Hmm, hmm. Il se retient encore. Puis les deux yakas se lavent les mains et échangent quelques banalités internationales. Ils sortent enfin. Plus personne. Soulagement. Notre homme peut libérer un festival de flatulences et exprimer avec force un feu d’artifices de sons peu ragoutants, amplifiés par l’écho de ces vastes toilettes aux murs de pierre lisse et à l’éclairage discret.
Il remet son pantalon, réajuste sa ceinture et sort allégé de son box.
Le PDG se retourne alors du lavabo où il se rinçait le visage et lui adresse un regard amusé, levant les sourcils.  


mercredi 20 juin 2012

Prude homme

Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 27 juin, 18H45
Patrice Goujon-Leduc s’essuie le front. Il est en sueur. Il n’en peut plus. Et la clim’ qui a lâché, il fait au moins 30 degrés dans la chambre. Mais il va le faire. Il s’arrête, il repense aux risques encourus. Dans une boîte US, ça ne pardonne pas. Il risque le licenciement direct. Et si un audit lui tombait dessus ?
Mais ce séminaire a duré longtemps. Allez, il s’avance et, non ! Il repense à la directive 5 et à 8b et aussi au Code des Comportements Clés à Mollette qu’il a signé, après ce team building où il avait marché sur des veaux braisés tout en chantant l’Hymne des Cadres : «  tu feras bien attention, car ce pognon c’est ton pognon… etc. ».
 Sa conscience le fait douter, alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable.
Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 27 juin, 21H56
P G-L va craquer. Au mépris des économies demandées par le CFO Worlde Waï-2. Sans rester dans les limites absolues du sacro-saint budget 2012-2134 qu’il avait juré d’atteindre ? 31 degrés !
Il ouvre le minibar de sa chambre, décapsule une bouteille de bière et la boit goulument, presque d’un trait. La somme de 3 euros 85 va donc être ajoutée à sa facture de note de frais, de façon injustifiable (cf. la procédure Hakuir, SOP 34).
Abattu par ce lourd péché, il ne dort pas de la nuit. Au petit matin, une idée lumineuse lui redonne le sourire. Il se lève d’un bon, urine dans la bouteille, repositionne la capsule avec soin, la replace dans le minibar.
Hôtel Sharilton, réception, Berlin, 28 juin, 07H45
P G-L invective l’employé avec force afin qu’il annule la consommation facturée par erreur sur sa facture. Sauvé.

Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 29 juin, 18H45
Helmut Ganzen s’essuie le front. Il est en sueur. Il n’en peut plus.

mardi 19 juin 2012

Au sujet du Chronomonophone © (2/2)

Maintenant que cet appareil a été remisé au cimetière des inventions méprisées, nous souhaiterions rappeler les perles qu’il permit d’exhumer. Rares, certes, trop rares et noyées dans un océan de bruit, mais cependant assez remarquables pour en faire un éloge courtois, voire légèrement ému.
Après 2345 essais pour Dallas en ce jour du 22 Novembre 1963 où un Président des USA perdit la vie, nous avons la certitude que ce dernier a dit 17 secondes avant l’impact de la première balle : « Jackie, fais-moi penser à acheter du Chanel Numéro 5  quand on passera près d’un duty free ».
Au bout de 2 ans de fouilles, de tests et de nuits blanches, des équipes avec des oreilles difformes, la section 4B du DGO parvint à isoler un morceau de conversation entre Bonaparte et Joséphine de Beauharnais, au Château de la Malmaison. Il est question de conquête ou de quéquette, ce n ‘est pas tout à fait clair.
Il est confirmé qu’Henri IV souffrait de maux de ventre et de gaz à répétition. Mais est-ce bien le Roy ou un page béarnais qui s’exprime avec force à ce moment là ?(le 2 mai 1609 à 17H43 GMT+1). Le DGO nous le garantit à 63%.
Ah oui ! De Gaulle a bien dit à son ordonnance, le 18 juin 1940, 12 secondes après son discours sur Radio Londres : «  Ces Britiches me les brisent menu mon cher ami, mais que voulez-vous, quand on a pris une branlée on fait profil bas avant de penser à descendre les Champs-Elysées ! »
A propos de nos amis britanniques : on reconnaît le son typique de la voix de Jeanne d’Arc, assez aigu lorsque les flammes commencent à lui lécher les pieds.
Et tant d’autres merveilles historiques, témoignages troublants de notre patrimoine, archives vibrantes d’une Histoire riche en confidences, anecdotes, discussions et discours étonnants !

Au sujet du Chronomonophone © (1/2)

L’invention de Bill T. Swindon permettait après des réglages adéquats de capter des sons venant du passé. Cet outil devait constituer une source de renseignements inespérés pour les historiens. Une section spéciale du Ministère de la Culture fut même créée pour maximiser les fouilles sonores. On appelait cette section, le DGO, soit, le « Département des Grandes Oreilles » à cause de la forme des capteurs et des déformations physiologiques engendrées par leur usage répété. Après 25 recherches, un technicien devait se reposer un mois et passer en chirurgie esthétique afin de redonner forme humaine à ses appendices auditifs.
Il était indispensable de bien positionner son Chronomonophone © afin d’obtenir un résultat probant. A hauteur d’homme, dans un bâtiment ou une pièce qui existait déjà lors de la période étudiée (ou plutôt écoutée). Il fallait régler la date et l’heure, l’angle de visée et espérer qu’il s’était dit quelque chose d’intéressant à ce moment là ! Plonger dans le passé et chercher des dialogues pertinents est comme lancer un casier à la mer : attraper un beau homard n’est pas facile.
Pour des raisons inconnues, la durée des enregistrements était limitée à 3 minutes 26 secondes et jamais plus, même dans les versions 4 et 5 du Chronomonophone ©, à piles Nuke ++
Ils furent familièrement appelés Chro-Fun par les jeunes de ses utilisateurs, car ils eurent à trier des données étranges (outre des silences interminables, des raclements de gorge, des soupirs et des bruits de fond allant du tumulte d’une bataille à la vaisselle de cuisines).
Certains murmurèrent qu’à 1 million de dollars pièce, plus la logistique, le SAV et les employés dédiés, cela faisait cher pour confirmer que le passé était une bien ennuyeuse période.

lundi 18 juin 2012

Cul de chance

L’invention de Bill T. Swindon est entrée dans l’Histoire et nous permet de La comprendre dans ses moindres détails.
Bill, informaticien à temps partiel et célibataire à temps complet, souhaitait capter les sons émanant des ébats sexuels de sa voisine, Mlle. Beth Lindströmm. Elle habitait dans la maison en face de l’immeuble où il louait un studio à la peinture défraîchie, à 50 yards précisément.
L’été, elle rentrait chaque samedi avec un nouvel amant. Swindon l’espionnait derrière un rideau mal repassé. Il avait essayé divers micros tels ceux qui capturent le chant des oiseaux mais sans résultat satisfaisant.
Décidé à enregistrer de façon plus nette des scènes dont il n’entendait que des morceaux prometteurs, il bricola un appareil, mélange d’oscillateur, de micros sensibles, de résistances japonaises, de capteurs infrarouges et des restes d’une tablette informatique 3D. Doué en soudure et en bricolage, il dirigea enfin ses antennes vers la fenêtre ouverte de sa voisine, attendant son retour de soirée. Nous étions dans la nuit du 5 au 6 Août 2023. Il faisait chaud. Ayant bu plus de Téquila que de coutume, il s’endormit épuisé, le front sur une pizza froide. La belle ne rentra qu’à 04H32.
Il avait appuyé sur »REC » et des données sonores furent captées.
Le lendemain, vers midi, après 2 aspirines, il écouta, tendu, les enregistrements. Interloqué, il ne reconnut pas ce qu’il entendit et mit du temps à comprendre ces sons un peu flous.
Il s’agissait des faits et gestes qui s’étaient déroulés dans la maison voisine dans la nuit du 5 au 6 Août 1983.
Il perfectionna sa machine, la fit breveter.
Désormais, il nous est possible de savoir ce qui s’est passé à une date donnée, dans un endroit précis, pourvu que l’on règle assez finement son Chronomonophone ©!

vendredi 15 juin 2012

Just drive she said


Son parfum... Un truc chouette que j’avais déjà senti. Le trafic était fluide. Je mangeais des pistaches et y’en avait déjà sur la moquette. J’ai un peu renversé ma bière quand j’ai grillé un stop.
Après quelques minutes, je demandai : « Ma’ame, vous pourriez peut être m’indiquer où vous voulez aller…Peux pas faire le tour du quartier éternellement ? « Elle m’a juste répondu : «  Conduis et ferme-la ! » 
J’ai fait quelques tours des immeubles du centre-ville et puis je lui ai dit : » Vous êtes une droguée ? » Alors elle ouvert son sac à main, en a sorti un calibre et m’a crié dans les oreilles : « Conduis et ferme-la ! Tiens juste ton volant et garde les yeux sur la route ! » Mon taxi avait toujours été un vieux tacot pourri, pensai-je. 

La lune a disparu, il s’est mis à pleuvoir. L’essuie-glace usé faisait du bruit.
J’ai reconnu le nom d’une grande banque sur l’autre sac qu’elle tenait dans ses bras et je lui ai dit « Ma’ame, vous z’avez pas à vous en faire avec moi, ça non ». Quand j’ai allumé mes phares antibrouillard, j’ai eu la vision d’une plage blanche au soleil, elle et moi en train de manger un bon truc épicé… Mais je me suis repris et j’ai gratté mon crâne chauve. La voiture fonçait dans le trafic.
Elle m’avait dit : «  Conduis et ferme-la ! »

Je la regardais dans le rétro et elle arrangeait ses cheveux de manière assez classe. Je l’ai vu sourire quand j’ai grillé un feu entre la 77ème et Beach. J’accélérais, en direction des quais et du port.
Elle est montée dans son bateau qui s’est éloigné vite et elle m’a soufflé un joli baiser, accoudée au bastingage.
Quand les flics sont arrivé, bien plus tard, je mangeais des cacahuètes et je leur ai dit que je ne souvenais de pas grand’ chose, à part qu’elle m’ait dit :