mardi 13 mars 2012

Les groumes

La récession est alors devenue incroyablement violente. Des formes de pauvreté inédites sont apparues. Vers 2117, le phénomène des groumes a débuté, pour devenir une composante familière de notre paysage urbain. On les trouve désormais dans les ascenseurs des immeubles collectifs  et de tous les bâtiments publics.
Les grandes gelées de l’hiver 2116, suivies par les terrifiantes inondations dont chacun se rappelle ont poussé les sans logis à se réfugier dans les entrées d’immeubles encore praticables. Ensuite, quelques uns d’entre eux ont franchi les portes et se sont positionnés discrètement dans les corridors, puis les ascenseurs. Personne n’aurait osé les en déloger pour deux raisons. Tout d’abord la peur de les toucher et d’attraper la Gale Bleue rebutait les services d’Ordre + qui prétendaient toujours avoir une émeute urbaine plus sanglante à contenir. Et la mauvaise conscience collective : jeter dehors un homme signifiait sa mort certaine.
Alors vous rentriez chez vous, heureux d’avoir échappé à des Grafles ou à un Scarjacking ou à une barricade improvisée au coin du boulevard. Voir un pauvre bonhomme dans son coin du parking, de couloir ou d’ascenseur ne vous faisait presque pas frémir. Vous alliez dans votre logis Sékur, faisiez vos tests quotidiens AntiVir, preniez vos pilules Oublitou, et attendiez de vous réveiller le lendemain pour une autre journée de combat.
Désormais toléré, chaque groume vit à plein temps dans son ascenseur individuel, on lui donne une pièce, un peu à manger et on se pince les narines pour oublier l’odeur. Il est là tout le temps. C’est un bernard-l’hermite résidentiel. Mais bon, votre groume chasse les Grora, vous dit un petit mot et vous avertit si la Pauliss est venue fouiller chez vous dans la journée !  
          

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