jeudi 28 juin 2012

Das Modell

Après le score historique de l’équipe de Trance de football – victoire 5 à 0 contre la Bundesteam, la presse a relaté les célébrations d’après match dans un vestiaire ouvert à tous. L’entraîneur n’a pu dissimuler ses larmes de fierté derrière d’énormes lunettes de soleil. Il a chanté en conférence de presse et a été aperçu un peu plus tard agenouillé dans la cathédrale Saint-Dannzi, cierge en main.
Le joueur engagé, Samer Ri-Ri, s’est revêtu une semaine entière de son maillot national et a posté le film sur You-Cube.
Frank Rubérol riait : « Patriotiques ça prend un « s » à la fin ? ». Il a embrassé une femme, prise pour une journaliste de « L’Epique ». Par chance, c’était une femme de ménage. Les personnels d’entretien ont fait une haie d’honneur immédiatement.
Benzémâle et Bénard-Flash n’ont cessé de se congratuler mutuellement. Ils ont été séparés par un masseur armé d’une bouteille de champagne et d’un portrait du défunt Thierro Rollo, le commentateur qui avait dit «si les joueurs montent  dans le bus sans emmener trente  de leurs fans, c’est une surprise,  non ? »
Le soir même, joueurs et remplaçants ont privatisé le Rotalyon Club, rue Claude Berry près des Champs Aiguisés, pour une soirée de Fête de la Vertu. Des indigents y sont invités par bus entiers, pauvrement vêtus et plutôt bien motivés. Les portes de la salle se sont ré-ouvertes le soir même à 22h30, dégageant un épais nuage de fumée d’encens. Premier à sortir, l’œil vif, Jéremy Mémé, les mains usées par les dons aux pauvres, soutenait un Patrick Hévror chantant la Marseillaise et fut jeté dans un taxi beige. 
Direction  Saint-Dede pour tout le monde, juste le temps de se s’entraîner en 4-2-4-2-4-2-1-4 !  Gloire ! Encore un match à gagner demain dès 18h30 contre l’Italouche du Sud !

Dé-foot-loir

Après le score lamentable de l’équipe de Trance de football – défaite 5 à 0 contre le Biellarousse-, la presse a relaté les disputes d’après match dans un vestiaire truffé de micros. L’entraîneur n’a pu dissimuler 2 yeux au beurre noir derrière d’énormes lunettes de soleil. Il a annulé sa conférence de presse et a été aperçu un peu plus tard dans un discret confessionnal de la cathédrale Saint-Zizou, une bouteille de Jack Daniels à la main.
Le joueur enragé, Samer Naz-Naz, s’est torché les fesses avec le maillot national et a posté le film sur You-Lube.
Fred Ribérol hurlait : « bande de cons, ça prend un « s » à la fin ? ». Il a craché sur une femme, prise pour une journaliste de « L’Epoque ». Pas de chance, c’était une femme de ménage. Les personnels d’entretien se sont mis en grève immédiatement.
Benzémule et Bénard-Fade ont tenté de s’étrangler mutuellement. Ils ont été séparés par un masseur armé d’une croix et d’un portrait du défunt Thierrand Rolly, le commentateur qui avait dit «si les joueurs descendent du bus sans péter ni roter, c’est déjà un progrès, non ? »
Le soir même, les joueurs et les remplaçants ont privatisé le Tagada-Fuk, rue de Chuck Berry près des Champs Déguisés, pour une soirée de Fête de la Défaite. Des mineures y sont entrées par bus entiers, assez court vêtues et plutôt bien maquillées. Les portes de la discothèque ne se sont ré-ouvertes que le lendemain après-midi vers 17h30, dégageant un épais nuage de fumée. Premier à sortir, l’œil hagard, Jéremy Nénesse, les narines recouvertes de poudre soutenait un Patrick Hévrard titubant et fut jeté dans une limousine noire. 
Direction  Saint-Nini pour tout le monde, juste le temps de se changer ! Merde ! Encore un match à perdre ce soir dès 18h30 contre la Principauté d’Andard !

lundi 25 juin 2012

Saint Drone

Le Président descend la passerelle de l’avion. Il fait chaud, la fanfare militaire commence à jouer. Un bouquet est prêt pour la première Dame. Tiens ! Se dit-il, quelle est cette abeille qui s’approche de moi avec un bruit de perceuse, suraigu et déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa dernière pensée. Le mini drone télécommandé par les hommes d’Al Kaïdure explosa à 5 centimètres de son crâne dégarni, créant un geyser vermillon dont les images passèrent en boucle sur tous les JT pendant une triste semaine.
Lady Mamonna sort de la douche en sifflant faux et sans cacher ses parties les plus intimes. Il fait froid à Los Angeles, mais une fenêtre de sa suite est entr’ouverte. Gosh ! se dit-il (c’était un homme, en fait) quelle est cette libellule qui s’approche de moi avec un bruit de shaker, trop grave et déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa première pensée intelligente. Le mini drone télécommandé par les paparazzis de Dirty News World le photographia nu à 15 centimètres, prenant une image rosâtre dont les copies passèrent en boucle sur tous les tabloïds pendant un affligeant trimestre.
Gérard Lorgeard descend de sa Peugeot cabossée. Il fait chaud, le mariage du cousin Nénesse c’est aujourd’hui, la chorale du coin chante devant l’église en béton de Flagny sur Orge. Un bouquet est prêt pour la mariée, déjà enceinte de 6 mois. Tiens ! se dit-il, quelle est cette merde volante qui s’approche de nous avec un bruit de contrebasse en la 440 déplacé dans ce contexte ? Ce fut sa dernière remarque désobligeante de la journée. Le mini drone télécommandé par les cousins du marié, filma la cérémonie à 5 mètres au-dessus des crânes dégarnis, créant un film assez mignon dont les images furent regardées sur les téléviseurs des invités pendant une sympathique année.

dimanche 24 juin 2012

Echo and the monument


Les WC dans les pays anglo-saxons sont mal conçus. Cette manie de mettre des portes trop courtes en bas et en haut ! Aucune intimité…et surtout un partage des bruits inévitable, quel ennui pour un français habitué à une solitude tranquille.
L’autre jour, Mr V., employé dans une multinationale, se rend aux toilettes d’un hôtel de Munich. Après 3 jours de séminaire paneuropéen, il a les intestins noués, la tripe douloureuse et veut profiter de l’ultime pause de cette interminable séance plénière pour filer aux toilettes et se soulager enfin. 
Tant de pains au sésame, de saucisses et de bières ont irrité son système digestif. Mince ! L’endroit est digne d’un funérarium côté marbre, mais ces damnées portes sont minimales, l’on aperçoit les pantalons tombés sur les chaussures. Hmm, hmm, il se retient et attend que le dernier participant sorte en se pressant, car la pause est terminée. Tous les grands chefs de la Compagnie ont fait le déplacement, chacun doit être vu opinant du bonnet aux déclarations formidables et aux présentations colorées.
Mr V. s’engouffre dans un WC et s’assied sur le trône. Soudain, horreur, entrent deux big boss de la boîte, parlant fort. Il reconnaît leurs voix.
Hmm, hmm. Il se retient encore. Puis les deux yakas se lavent les mains et échangent quelques banalités internationales. Ils sortent enfin. Plus personne. Soulagement. Notre homme peut libérer un festival de flatulences et exprimer avec force un feu d’artifices de sons peu ragoutants, amplifiés par l’écho de ces vastes toilettes aux murs de pierre lisse et à l’éclairage discret.
Il remet son pantalon, réajuste sa ceinture et sort allégé de son box.
Le PDG se retourne alors du lavabo où il se rinçait le visage et lui adresse un regard amusé, levant les sourcils.  


mercredi 20 juin 2012

Prude homme

Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 27 juin, 18H45
Patrice Goujon-Leduc s’essuie le front. Il est en sueur. Il n’en peut plus. Et la clim’ qui a lâché, il fait au moins 30 degrés dans la chambre. Mais il va le faire. Il s’arrête, il repense aux risques encourus. Dans une boîte US, ça ne pardonne pas. Il risque le licenciement direct. Et si un audit lui tombait dessus ?
Mais ce séminaire a duré longtemps. Allez, il s’avance et, non ! Il repense à la directive 5 et à 8b et aussi au Code des Comportements Clés à Mollette qu’il a signé, après ce team building où il avait marché sur des veaux braisés tout en chantant l’Hymne des Cadres : «  tu feras bien attention, car ce pognon c’est ton pognon… etc. ».
 Sa conscience le fait douter, alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable.
Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 27 juin, 21H56
P G-L va craquer. Au mépris des économies demandées par le CFO Worlde Waï-2. Sans rester dans les limites absolues du sacro-saint budget 2012-2134 qu’il avait juré d’atteindre ? 31 degrés !
Il ouvre le minibar de sa chambre, décapsule une bouteille de bière et la boit goulument, presque d’un trait. La somme de 3 euros 85 va donc être ajoutée à sa facture de note de frais, de façon injustifiable (cf. la procédure Hakuir, SOP 34).
Abattu par ce lourd péché, il ne dort pas de la nuit. Au petit matin, une idée lumineuse lui redonne le sourire. Il se lève d’un bon, urine dans la bouteille, repositionne la capsule avec soin, la replace dans le minibar.
Hôtel Sharilton, réception, Berlin, 28 juin, 07H45
P G-L invective l’employé avec force afin qu’il annule la consommation facturée par erreur sur sa facture. Sauvé.

Hôtel Sharilton, chambre 251, Berlin, 29 juin, 18H45
Helmut Ganzen s’essuie le front. Il est en sueur. Il n’en peut plus.

mardi 19 juin 2012

Au sujet du Chronomonophone © (2/2)

Maintenant que cet appareil a été remisé au cimetière des inventions méprisées, nous souhaiterions rappeler les perles qu’il permit d’exhumer. Rares, certes, trop rares et noyées dans un océan de bruit, mais cependant assez remarquables pour en faire un éloge courtois, voire légèrement ému.
Après 2345 essais pour Dallas en ce jour du 22 Novembre 1963 où un Président des USA perdit la vie, nous avons la certitude que ce dernier a dit 17 secondes avant l’impact de la première balle : « Jackie, fais-moi penser à acheter du Chanel Numéro 5  quand on passera près d’un duty free ».
Au bout de 2 ans de fouilles, de tests et de nuits blanches, des équipes avec des oreilles difformes, la section 4B du DGO parvint à isoler un morceau de conversation entre Bonaparte et Joséphine de Beauharnais, au Château de la Malmaison. Il est question de conquête ou de quéquette, ce n ‘est pas tout à fait clair.
Il est confirmé qu’Henri IV souffrait de maux de ventre et de gaz à répétition. Mais est-ce bien le Roy ou un page béarnais qui s’exprime avec force à ce moment là ?(le 2 mai 1609 à 17H43 GMT+1). Le DGO nous le garantit à 63%.
Ah oui ! De Gaulle a bien dit à son ordonnance, le 18 juin 1940, 12 secondes après son discours sur Radio Londres : «  Ces Britiches me les brisent menu mon cher ami, mais que voulez-vous, quand on a pris une branlée on fait profil bas avant de penser à descendre les Champs-Elysées ! »
A propos de nos amis britanniques : on reconnaît le son typique de la voix de Jeanne d’Arc, assez aigu lorsque les flammes commencent à lui lécher les pieds.
Et tant d’autres merveilles historiques, témoignages troublants de notre patrimoine, archives vibrantes d’une Histoire riche en confidences, anecdotes, discussions et discours étonnants !

Au sujet du Chronomonophone © (1/2)

L’invention de Bill T. Swindon permettait après des réglages adéquats de capter des sons venant du passé. Cet outil devait constituer une source de renseignements inespérés pour les historiens. Une section spéciale du Ministère de la Culture fut même créée pour maximiser les fouilles sonores. On appelait cette section, le DGO, soit, le « Département des Grandes Oreilles » à cause de la forme des capteurs et des déformations physiologiques engendrées par leur usage répété. Après 25 recherches, un technicien devait se reposer un mois et passer en chirurgie esthétique afin de redonner forme humaine à ses appendices auditifs.
Il était indispensable de bien positionner son Chronomonophone © afin d’obtenir un résultat probant. A hauteur d’homme, dans un bâtiment ou une pièce qui existait déjà lors de la période étudiée (ou plutôt écoutée). Il fallait régler la date et l’heure, l’angle de visée et espérer qu’il s’était dit quelque chose d’intéressant à ce moment là ! Plonger dans le passé et chercher des dialogues pertinents est comme lancer un casier à la mer : attraper un beau homard n’est pas facile.
Pour des raisons inconnues, la durée des enregistrements était limitée à 3 minutes 26 secondes et jamais plus, même dans les versions 4 et 5 du Chronomonophone ©, à piles Nuke ++
Ils furent familièrement appelés Chro-Fun par les jeunes de ses utilisateurs, car ils eurent à trier des données étranges (outre des silences interminables, des raclements de gorge, des soupirs et des bruits de fond allant du tumulte d’une bataille à la vaisselle de cuisines).
Certains murmurèrent qu’à 1 million de dollars pièce, plus la logistique, le SAV et les employés dédiés, cela faisait cher pour confirmer que le passé était une bien ennuyeuse période.

lundi 18 juin 2012

Cul de chance

L’invention de Bill T. Swindon est entrée dans l’Histoire et nous permet de La comprendre dans ses moindres détails.
Bill, informaticien à temps partiel et célibataire à temps complet, souhaitait capter les sons émanant des ébats sexuels de sa voisine, Mlle. Beth Lindströmm. Elle habitait dans la maison en face de l’immeuble où il louait un studio à la peinture défraîchie, à 50 yards précisément.
L’été, elle rentrait chaque samedi avec un nouvel amant. Swindon l’espionnait derrière un rideau mal repassé. Il avait essayé divers micros tels ceux qui capturent le chant des oiseaux mais sans résultat satisfaisant.
Décidé à enregistrer de façon plus nette des scènes dont il n’entendait que des morceaux prometteurs, il bricola un appareil, mélange d’oscillateur, de micros sensibles, de résistances japonaises, de capteurs infrarouges et des restes d’une tablette informatique 3D. Doué en soudure et en bricolage, il dirigea enfin ses antennes vers la fenêtre ouverte de sa voisine, attendant son retour de soirée. Nous étions dans la nuit du 5 au 6 Août 2023. Il faisait chaud. Ayant bu plus de Téquila que de coutume, il s’endormit épuisé, le front sur une pizza froide. La belle ne rentra qu’à 04H32.
Il avait appuyé sur »REC » et des données sonores furent captées.
Le lendemain, vers midi, après 2 aspirines, il écouta, tendu, les enregistrements. Interloqué, il ne reconnut pas ce qu’il entendit et mit du temps à comprendre ces sons un peu flous.
Il s’agissait des faits et gestes qui s’étaient déroulés dans la maison voisine dans la nuit du 5 au 6 Août 1983.
Il perfectionna sa machine, la fit breveter.
Désormais, il nous est possible de savoir ce qui s’est passé à une date donnée, dans un endroit précis, pourvu que l’on règle assez finement son Chronomonophone ©!

vendredi 15 juin 2012

Just drive she said


Son parfum... Un truc chouette que j’avais déjà senti. Le trafic était fluide. Je mangeais des pistaches et y’en avait déjà sur la moquette. J’ai un peu renversé ma bière quand j’ai grillé un stop.
Après quelques minutes, je demandai : « Ma’ame, vous pourriez peut être m’indiquer où vous voulez aller…Peux pas faire le tour du quartier éternellement ? « Elle m’a juste répondu : «  Conduis et ferme-la ! » 
J’ai fait quelques tours des immeubles du centre-ville et puis je lui ai dit : » Vous êtes une droguée ? » Alors elle ouvert son sac à main, en a sorti un calibre et m’a crié dans les oreilles : « Conduis et ferme-la ! Tiens juste ton volant et garde les yeux sur la route ! » Mon taxi avait toujours été un vieux tacot pourri, pensai-je. 

La lune a disparu, il s’est mis à pleuvoir. L’essuie-glace usé faisait du bruit.
J’ai reconnu le nom d’une grande banque sur l’autre sac qu’elle tenait dans ses bras et je lui ai dit « Ma’ame, vous z’avez pas à vous en faire avec moi, ça non ». Quand j’ai allumé mes phares antibrouillard, j’ai eu la vision d’une plage blanche au soleil, elle et moi en train de manger un bon truc épicé… Mais je me suis repris et j’ai gratté mon crâne chauve. La voiture fonçait dans le trafic.
Elle m’avait dit : «  Conduis et ferme-la ! »

Je la regardais dans le rétro et elle arrangeait ses cheveux de manière assez classe. Je l’ai vu sourire quand j’ai grillé un feu entre la 77ème et Beach. J’accélérais, en direction des quais et du port.
Elle est montée dans son bateau qui s’est éloigné vite et elle m’a soufflé un joli baiser, accoudée au bastingage.
Quand les flics sont arrivé, bien plus tard, je mangeais des cacahuètes et je leur ai dit que je ne souvenais de pas grand’ chose, à part qu’elle m’ait dit :



jeudi 14 juin 2012

Sorry, Lana (je me suis trompé)


J'avoue humblement. Je fais un « mea culpa ». Voici le texte officiel de mon communiqué de presse :
Lana Del Rey fait de belles chansons et j'aime vraiment beaucoup certaines d'entre elles. Et en plus, ce sont les 'tubes » qui passent en boucle sur TV et radios.

Quoi ! J'entends la voix de ma conscience artistique, habillée non pas en Jiminy Cricket, mais en Ian Curtis -la corde au cou- qui me dit : «  tu sombres dans le facile, petit, ce n'est pas assez underground ni injustement méconnu ! Tu vas finir par écouter les daubes de l'Eurovision, mon ami, noon... Mais Smash ! J'entends aussi la voix du bonheur musical, habillée non pas en ange immaculé, mais en Elvis Presley -juste avant qu'il ne devienne gros- qui me dit : «  Tu aimes ? Alors écoute, petit, tu t'en cognes des idées snob et si ce n'est pas une artiste maudite et moche tu ne vas pas faire la tronche ? Tu ne veux pas finir aussi coincé qu'un juré de l'Eurovision, mon zami ?
Bref, j'avais fait mon snob avec la belle Lana. Justement parce qu'elle est trop belle, trop parfaite et qu'elle chante si bien. Des clips sulfureux, beaux, tristes et complètement lynchiens. Et moi qui n'avais pas craqué, restant comme certains critiques des Inrocks : de marbre, face à un album plébiscité par le public.
Et en PLUS, les Inrocks, eux, ont a-do-ré Lana Del Rey et moi, triple buse, je me méfie encore, je ne fais pas attention.
Donc, j'ai ré-écouté Video Games, Blue Jeans, Born to Die, puis l'album entier, puis deux fois, puis trois et je suis mordu par sa voix grandiose et ses chansons majestueuses. Et je perçois des fêlures dans son glamour, avec des visions terribles comme dans les livres de Bret Easton Ellis. Magnifique et décadent.
Terrible.

Sorry, Lana, leçon retenue, merci pour tout.


mercredi 13 juin 2012

Petits Marabouts


Monsieur Cissé ne garantit pas la fin de tous vos problèmes. Pour au moins cent euros les deux séances un peu bâclées, il n'est pas sûr de trouver de solution à ce mal qui vous ronge et vous empêche de dormir.
Madame Bâh n'arrivera sûrement pas à vous redonner de la puissance sexuelle.
Le retour de l'être aimé ? Tiens : accroche-toi Rémi ! Et puis l'amour, ce n'est pas en allant traîner dans son échoppe sordide du 19ème arrondissement que vous allez le rencontrer. En plus, elle a cuisiné des trucs frits, elle est de mauvais poil, vous sortez de sa consultation dépité et les habits qui sentent le gombo revenu dans l'huile d'arachide. Pour séduire, on a inventé mieux, non ?
Le Professeur Diabitou n'a de professoral que ses lunettes rondes, dont les branches mal ajustées lui donnent un drôle de regard. Même le match de football Allemagne-Sénégal, il n'a pas su en donner le résultat à 20 minutes de la fin. Il se trompe sans arrêt, il dit des conneries et il est aussi fiable qu'une machine à coudre albanaise. Il hausse les épaules et vous prend le billet de 50 euros des mains en disant qu'il n'a pas de monnaie, merci, et c'est fini.
Le Médium Mamadou dit qu'il vous assure de passer les examens et concours « finger in the nose », mais en aparté, il vous glissera que vous feriez mieux de réviser et les Maths ET le Français. Il a fait imprimer 3000 tracts à distribuer aux usagers énervés du métro qui s'engouffrent dans la station Jacques Bonsergent. Si on lit bien,on y dénombre au moins dix fautes d'orthographe ! Chapeau !
Le soir, Monsieur Cissé, Madame Bâh, le Professeur Diabitou et le Médium Mamadou se retrouvent pour une partie de whist, boivent du Lemoncello et que personne ne vienne les faire suer, sinon, ils lui jettent un putain de sort carabiné.

Boîte de Pandore

-Bonjour Monsieur, veuillez stopper le véhicule. Merci de présenter les documents et packs obligatoires nécessaires à la circulation. Et merci de sortir votre cristal de données Auto Pad.
-Pas de problème, je pense tout avoir.
Permis de conduire 4D, assurance et historique juridique, attestation de casier judiciaire, relevés bancaires depuis 5 ans et fiches de paie depuis 10 ans ?
- Voici ma carte Data Pers NF150, vous pouvez la scanner.
-Oui, cela semble passer sans bipper…
-Alors, continuons, et dans l’ordre de la fiche AFNOR 2033 modifiée 2034, SVP ! Contrôle technique mensuel 132 points ?
-A jour, voir les 3 autocollants sur mon pare-brise et l’oriflamme 3D sur le toit, il est tout neuf !
-19 éthylotests valables ? Vos résultats de prise de sang hebdomadaire ? Votre bilan Viral 2.3 à jour ?
-Les voici.
Un gilet fluorescent, un casque anti-feu, une lampe 1000 watts et 36 piles, une hache brise-glace, un avatar gonflable de signalement de panne, un ventilateur 6 pales ?
-Tout est là, dans le coffre et sur les sièges arrière.
-Une trousse de secours NF 2035 avec poche de plasma non périmée, les 37 médicaments listés, 5 anti-inflammatoires, un kit défibrillateur et une civière pour 2 personnes ?
-Un peu tassé, mais j’ai tout, regardez.
-Autorisation de circuler Ville-Campagne-Périphérie et Bords de Mer ?
-Sur cette clé de données holographiques, tenez, voici mon cristal Auto pad.
-Tout semble à jour. Hmm, tiens, vous roulez sans ceinture de sécurité ?
-Mais, je l’avais attachée avant de  vous montrer tous les documents !
-Là, elle est détachée !
-Là, je suis à l’arrêt…
-Ce n’est pas une raison ! Procès verbal, amende, mise à pied, suppression de points sur le permis ! Aah  vous allez voir ce qu’il en coûte de ne pas respecter le Code de l’Espace Routier !!

mardi 12 juin 2012

Nano-pouvoirs

Ralf Snorton ronflait comme un sonneur mais il suffisait à son épouse de prononcer les mots « Crumble, Fish, Salt » pour qu’il arrête à la seconde.
Alice Berton avait un parapluie noir auquel il manquait une baleine. Quand Alice le prenait au bureau et le plaçait à droite de sa corbeille à papier, il ne pleuvait pas certains jours de novembre.
Phil Donizetto ne renversait jamais de nuôc-mam sur la nappe blanche des restaurants vietnamiens, ni de vinaigre balsamique dans les gargotes siciliennes.
Quand il se tenait devant un rayon de supermarché, cherchant un article précis, Fernand Logé ne voyait quelqu’un se placer juste devant lui qu’une fois sur quatre !
Le sèche-cheveux de Marie-Véronique de Pont-Sailly pulsait de l’air chaud même si son pouce appuyait sur le bouton avec le pictogramme qui représente un simple ventilateur.  
Marc A. Villiers pouvait fermer les 7 boutons  de sa chemise blanche sans se tromper une seule fois et enfiler une ceinture dans son pantalon gris sans manquer un passant.    
Quand Aurélie Kruger montrait un pigeon du doigt pendant 11 secondes consécutives, le volatile s’envolait ou partait en se dandinant dans une direction opposée (pourvu qu’il ait été à terre).
Ginevra Fontanelle n’était jamais arrivée à une seule réunion avec moins de 9 minutes de retard depuis six ans et elle avait eu 2.13% d’augmentation salariale l’an passé.
Si le téléphone portable Nokia 6589 éraflé de Jean-Jacques Dufort se mettait à sonner le matin, il tapait dans ses mains et la sonnerie (« Oh When The Saints », par George T. Philips JR.) stoppait au bout d’environ 35 secondes.
Matthieu Willhelm ne pensait jamais à l’air entêtant de La Danse des Canards ; ainsi, il ne l’entendit pas une seule fois de 1992 à 2017. Et seulement 8 fois de 2017 à 2025.

Ondes de chic

Cela n’arrivait qu’à une poignée de personnes. Cela ne se produisait que rarement. Il fallait avoir beaucoup de chance pour disposer d’un ou deux nano-pouvoirs.
Seuls en étaient dotés ceux qui un jour avaient stoppé leur four à micro-ondes de marque Saliouchine, modèle XF-22, millésime 1991 ou 1993, alors qu’il restait 7 secondes dans un cycle de cuisson rotatif-invection, tout en portant un bracelet de cuivre ou en contenant au moins 73%. Des normes de fabrication peu scrupuleuses et l’utilisation de plaques métalliques issues du recyclage d’anciens sous-marins nucléaires de la marine soviétique pourraient être à l’origine de ces phénomènes.
Dario Benedetti ne se coinçait jamais un vêtement dans une poignée de porte, fut-il pressé et tenant son imperméable à la main.
Hans Standel touchait une pile usée et elle était (à moitié) rechargée. Notez que cela fonctionnait pour les types AAA mais pas les AA.
François Guérando ne faisait plus de faute de frappe alors qu’il écrivait des e-mails : aucun « z » ne s’intercalait plus dans un mot, ni de virgule à la place d’un point d’interrogation.
La soupe aux nouilles de Mademoiselle Li Hoha se réchauffait à température idoine à condition qu’elle tienne son bol à deux mains en comptant de 29 jusqu’à 5, à rebours.
Erik Bratessen n’avait qu’à s’asseoir à la place du conducteur dans sa Saab 900 rouge lorsque la température extérieure était proche de 2 degrés et elle démarrait sans que la clef de contact ne soit sortie de sa poche.
Maria Brambolla touchait une tomate verte et elle était mûre. De plus elle arrêtait toujours l’eau des pâtes qui cuisaient pile au moment où elles étaient juste al dente, parce qu’elle entendait un faible son de hautbois dans son oreille droite.
Pendant 1 seconde et 8 dixièmes.  

vendredi 8 juin 2012

Vis ma vie de VIP

Je suis le grand yaka, le chef, le boss, un senior quelque chose ou ze vipi d’un bout de la planète dans une entreprise multinationale, énorme et formidable. Enchaîné par le pouce à mon smartphone qui n’est pas fun, je fais défiler du haut vers le bas la litanie des rendez-vous qui s’empilent. Zip, un dîner et encore un dîner, zap une téléconférence interminable, zoush deux rendez-vous au même moment. Allant de limousine en cocktail, je dors une poignée d’heures dans des suites larges comme des terrains de handball et dans des villes dont le nom est aussi inscrit sur ma carte d’embarquement. Une armée de personnes très zélées s’occupe de mon confort terrestre, je ne paie pas un cent où que je me trouve, même si l’addition doit être parfois salée. Des cercles concentriques des courtisans me sourient, m’envoient des rapports, des e-mails circonstanciés et des explications toujours merveilleuses. Le futur sera encore plus brillant que notre passé pourtant extraordinaire et fondateur ; je n’ai jamais vu une courbe se diriger vers le bas du tableau, c’est drôle, non ?
A mon approche on tremble, on pleure, on s’affaire. Si je visite une filiale, je crois qu’ils passent plusieurs jours à ne plus penser qu’à ma visite, à préparer des présentations que je lirai à peine. Ce qui pourrait être drôle, si ce n’est que pendant ce temps ils oublient tout de ce que je voudrais qu’ils fassent, justement !
Plus d’un collaborateur a renié tout principe moral pour espérer se montrer sous un jour favorable dans ma galaxie. J’ai rarement vu ceux qui ont été trahis, jetés, méprisés et humiliés.
A mon niveau, et c’est là un de mes privilèges, la misère humaine se résume en quelques lignes d’un tableur imperturbable.
Excusez-moi, un chauffeur m’attend déjà.

dimanche 3 juin 2012

Mye, Mai-thelf, Hendaï

Mye se réveille toujours trop tôt. Mai-thelf réfléchit vraiment beaucoup. Hendaï a le sens de l’humour.
Mye est nerveux, il parle vite. L’autre jour, il a encore fait de grands gestes en parlant et « paf », le café s’est renversé. Par chance, aucun document important n’a été touché. Et puis, c’est fatigant, quelqu’un qui ne s’arrête jamais. Lui-même s’épuise certains jours et aimerait dormir une fois une nuit entière sans boire un seul verre d’eau. Son rythme cardiaque est rapide, parfois emballé. Il fait du sport et cela lui fait grand bien.
Mai-thelf est en revanche cultivé. Il connaît la Nef des Fous, Géricault, la Frise des Archers au Louvre et des tas de groupes rock pointus. Voter plus à droite que le centre gauche lui semble une hérésie et il fait des dons par virement bancaire sur le site des ONG. Jean Moulin au Panthéon avec la voix de Malraux, cela lui serre toujours le ventre.
Hendaï est un marrant. Pas un jour sans jeu de mot, astuce ou blague. Il écrit des commentaires sur Libération.fr et les Inrockuptibles ont déjà publié quelques unes de ses répliques. Il aime se déguiser et face à un peloton d’exécution, il chercherait peut être encore une dernière citation tordue. Les balles lui iraient droit au cœur.
Mye énerve un peu sa femme. Mais Mai-thelf l’adore et a transmis des tas de trucs à ses deux fils, comme Audiard, Le Bon la Brute et le Truand, Massive Attack et le poing levé des Rouges. Hendaï les fait tous rire et n’arrive même plus à les enfumer, tant ils connaissent ses vieux trucs, comme la reformulation et le changement de sujet.
Ces trois là sont majoritaires au conseil d’administration de mon âme.
Moi et Surmoi ont quelques actions et tentent parfois quelques mauvais coups, mais bon, dans l’ensemble…
Me, Myself and I.

vendredi 1 juin 2012

Cher Darius 1er,

Tu as vécu entre -550 et -486, et régné sur les Perses.
La première capitale de ton empire s’appelait Suse et était inimitable. Elle comportait un immense palais au centre duquel se tenait un apadana, c’est à dire salle du trône et des audiences, décorée par d'immenses frises, comme celle dite des Archers i.e. ces soldats que l'on appelait les Immortels ; non pas qu'ils soient résistants aux flèches grecques, ces derniers étant prompts à galoper 42km 195 à la première occasion où ils réussirent à battre ton armée en -490, à Marathon, mais parce que qu'ils étaient 10.000 et que tout malade ou mort au combat était remplacé sur le champ.
Ils étaient vêtus d'une grande robe perse galonnée. Barbus, ils étaient coiffés d'épaisses boucles retenues par un diadème de feuillage. Suspendus à leurs épaules, un arc et un carquois. Ce que nous voyons est le fruit d'un patient travail de reconstitution qui ferait passer un puzzle de 5000 pièces représentant un pull gris sur fond de ciel breton en novembre pour un mot fléché de niveau 1,trouvé à la station Sèvres Babylone.
Leur marche est lente, ils convergent en deux défilés, ceci évoquait avec force la stabilité de ton Empire qui s'étendra de la Perse au Danube, sans oublier la Thrace mais aussi Naxos, Delos, Egée oublié le reste...
La guerre, c'est Médique, tu te casseras les dents sur les gars d'Athènes qui ne payaient pas d'impôts, mais savaient manier le glaive et le bouclier fiscal et ériger des temples à Europe, une brune incendiaire, quoiqu’un peu vache. Depuis 2500 ans Immortels soldats nous regardent et ne se marrent pas. Comme disait Woody Allen : l'immortalité c'est long, surtout vers la fin.

Cher Darius, je t'embrasse, j'ai déjà faim et je vais manger des souvlakis ce soir.

Ton dévoué, Monsieur V.