samedi 31 décembre 2011

La dernière nuit



La nuit du 31 décembre, certains morts avaient une permission spéciale.
De façon aléatoire, les plus célèbres d'entre eux et une poignée d'inconnus chanceux pouvaient sortir se promener dans les strictes limites de leur cimetière ou monument funéraire.
Voltaire et Rousseau se dégourdirent les cendres dans les couloirs du Panthéon, suivis par le cœur voletant de Gambetta qui brillait de mille feux et éclairait la crypte (d'ordinaire assez sombre après la fermeture). Ils débattirent avec calme pour une fois et finirent par faire un bridge avec les Curie, fort enjoués eux aussi.
Gainsbourg, du côté de Montparnasse, trouva assez de mégots pour fumer comme un pompier et composer sur le champ deux chansons, ma foi, assez intéressantes.
Ionesco et Kessel firent les choeurs, Man Ray fit semblant de les prendre en photo, car un spectre n'impressionne que les passants, jamais la pellicule.
Morrison n'était pas sur la liste de ceux qui sortaient au Père Lachaise (il faisait un peu trop de bruit, alors il était un peu puni) mais Alfred de Musset put écouter une causerie scientifique de Gay-Lussac très crédible de par sa connaissance désormais intime de ce qu'est un état moléculaire gazeux. Il aimait bien de temps à autre se manifester sous la forme d'un feu de Saint-Elme !
Les morts inconnus demandèrent des autographes, signés à même le fémur ou l'omoplate.
Il faisait doux et la petite pluie qui tombait ne dérangeait personne.
A minuit, des angelots amenèrent du champagne à la volée sur de jolis plateaux d'argent dans de larges coupes en cristal, modelées sur le sein de Marie-Antoinette, qui en vérité faisait du 95D, et sans silicone, Messire.
Tout le monde était légèrement pompette en retournant sous terre ou dans le marbre : ce fut un excellent réveillon. 

 

mercredi 28 décembre 2011

12 trucs que je voudrais voir disparaître en 2012



Les caractères illisibles qu'il faut essayer de recopier pour entrer dans certains sites Internet genre HhTj_22*µµ et qu'on arrive à déchiffrer une fois sur cinq maximum
« Le RER A est en retard de 45 minutes suite à une bouteille de Fanta 33 cl. vide abandonnée Gare de Lyon »
Tous ces p*** de mots de passe partout. M*** ! C'est moi, là, quoi ! Qui d'autre ??
Le cellophane en titane résistant indice Fukushima Richter 12 qui enveloppe comme une pieuvre hystérique et collante tous les CD et les DVD
Le Gland Journal de Canal Flush
Les claviers QWERTY
Les taxes d'aéroport pour financer des blocs de béton sales où le café est facturé 3 euros et le confort est digne d'une gare albanaise en 1967 (mais avec autant de policiers au mètre carré)
Les étiquettes dans les vêtements neufs qui mesurent 34 centimètres et qu'il faut couper en risquant de faire un trou dans le machin tant on est énervé
J'habite sur Paris, là on est est sur de la belle chaussure, etc...
Les Blackberry (swoosh, d'un coup , remplacés par des Nokia vintage avec des grosses touches et un écran monochrome un peu flou)
Quiconque s'oppose à l'objectif d'arriver à une durée de travail hebdomadaire légale supérieure à 25 heures
Le flash bousier (pardon, boursier) à la radio et les multiplex de football

Générique



Lisez ! Vladimir, Kim, Bachar, Abdallah, Thein, Raul et tous les autres, cela s'appliquera à vous tôt ou tard en un sanglant copier-coller dont vous serez le sujet remplaçable et effacé.

Dépêche de presse pré-rédigée (insérer nom du pays, victimes/types d’opposants, date, nom du dictateur)

Le corps sanglant du tyran de (nom du pays) a été exposé au balcon du palais, pendu par les pieds, pendant deux jours entiers. La photo a fait le tour du monde et restera dans l'histoire.
Les derniers combats ont été terribles, rue après rue, maison après maison. Quelques poignées de gardes d'élite ont résisté jusqu'au bout. Ils disposaient d'armes lourdes et de forts stocks de munitions.
Il aura été nécessaire que des avions de l'US Air Force viennent en soutien des troupes rebelles, même équipées des armements pris à l'armée régulière, finalement ralliée à leur cause. Cette révolution a duré de longs mois, faits de nombreux morts, mais l'on a touché enfin au but avec la prise de la capitale et surtout du bunker surarmé du chef de l’État.
Et pourtant, il en a fallu du courage pour démarrer les premières manifestations, sous les gaz lacrymogènes et le feu de la police qui tirait tout de suite à balles réelles.
Petit à petit, des forces supplémentaires se joignirent à ces courageux initiateurs. Et combien de (victimes/types d’opposants) ont été emprisonnés et assassinés ? Beaucoup trop.
Mais la révolte a démarré un jour de (date) et ne s'est jamais arrêtée. 
 
Ainsi finit le règne de (nom du dictateur).


mardi 27 décembre 2011

Je regarde le ciel


Dans l'eau salée, je fais la planche. Le ciel est bleu, et là haut passe un nuage. Je flotte, mes oreilles immergées, respirant fort par le nez et gonflant mes poumons. Je pourrais rester des heures, à faire la planche et à dériver lentement.
C'est la fin de l'été, il fait encore bien chaud.
Tout est si calme, il n'y aura plus jamais personne sur la plage. Des vacances infinies s'ouvrent devant moi et il n'y aura plus de rentrée non plus. Plus d'élèves, ni de professeurs d'ailleurs. Pas plus d'écoles, ni de bureaux, de magasins et de cinémas.
Plus une voiture ne fera rugir son moteur, dans une ultime tentative de fuite. Tout est rasé, soufflé, parti en fumée.
Le temps est libre à nouveau, faute d'horloge qui lui court après.
La nature va reprendre ses droits sur les ruines et ce que le grand incendie a laissé dépasser des cendres. Les bâtiments encore debout commencent déjà à avoir un petit air penché. Des petits bouts d'herbe apparaissent dans les crevasses du bitume fendu et des restes de route tordus, modelés, comme soulevés par un main d'enfant malhabile. Mais très énervé, cet enfant.
J'ai du casser la dernière vitre encore intacte avec ma fronde, il y a quatre ou cinq jours. C'était tout près d'ici, dans cette petite ville de la côte.
Dans l'eau salée, près de la plage bombardée, je fais la planche. Une courte pause avant de repartir à la recherche d'un peu de nourriture. Et s'abriter avant la nuit.
Surtout, s'abriter avant la nuit. Bien bien se cacher.
Avant qu'ils ne sortent en grattant le sol et en poussant leurs cris. lls passent parfois si près.
C'est indispensable de bien se cacher pour la nuit si je veux pouvoir encore faire la planche demain. Et le jour d'après.
Et le jour d'après.

vendredi 23 décembre 2011

I hope someone gets my...


Ceci n'est pas envoyé d'un blaquebairi, encore moins d'un nifonne.

Vous venez d'ouvrir une bouteille et vous tenez en main mon message SOS. Lisez bien ce qui va suivre. Merci.
J'ai des réserves de papier pour écrire et récupéré des stylos dans l'épave de mon cargo. Au cas vous seriez connaisseur, la bouteille est un Lambrusco de Modène, Italie. Amabile, c'est à dire sucré et doux. Mais je m'égare et mon espace est limité.
Explications.
Nous voguions sur le cargo MS Pacific Star 3, partis de Valparaiso (Chili) en route vers Dunedin (Nlle. Zélande). Notre cargaison comprenait des vins européens (voir cette bouteille) et centaines de tonnes de céréales pour petit déjeuner aux 2 chocolats.
La nouvelle du conflit mondial nous a atteint alors que nous croisions à douze milles de l'Île de Pâques, île que nous avons vu s'embraser, mystérieusement attaquée par un missile venu du ciel. Son petit frère a atteint notre navire au niveau du pont supérieur et seuls 2 mécaniciens (José et moi) avons survécu parmi l'équipage. Le bateau n'a pas coulé, a dérivé et par chance s'est échoué sur la côte Est de l'Île de Pâques, calcinée en grande partie. Plus un chat ici.
Radio HS, collègues morts, île déserte, monde peut être dévasté, en proie aux flammes et aux combats entre survivants. Que reste-t-il ?
José est mort hier d'une fièvre qui le rongeait depuis le naufrage.
J'écris ce message, avec encore 32756 bouteilles d'alcool à finir (je les ai comptées) et des millions de boîtes de céréales aux 2 chocolats.
Chaque fois que j'ai fini une bouteille, j'écris un message dedans et je le lance à la mer.
Si vous venez me chercher (27°09′S 109°27′W ), surtout amenez moi une cuillère, un bol et du lait pour mes céréales, nom d'un chien !

Un naufragé solitaire .

mercredi 21 décembre 2011

Cadre en bois

Je mets une cravate le matin.
J’arrive toujours à l’heure.
Je vais aux réunions.
Toujours poli, bien propre, voire un peu drôle.
Je réponds aux messages, aux sms, aux coups de téléphone.
Pour les e-mails, c’est un peu plus difficile, il y en a tant. Il faut toujours finir par « cordialement » ou « best regards ».
On va à la cantine, le midi. On boit un café. On rigole un peu sous cape avec quelques collègues.
Je fais des petits tableaux avec des chiffres bien colorisés.
Je fais des petites présentations avec mes petits doigts sur Powerpoint.
Il y a des pots de départ, d’anniversaires et de fin d’année.
Les grands chefs passent comme des météorites dans le ciel étoilé. Hauts, très hauts.
Les moyens chefs essaient de devenir grands chefs.
Les petits chefs vous font remplir une grille « d’objectifs » au début de l’année, et puis une « évaluation » à la fin de l’année.
Attention à être noté dans les 80% qui remplissent leurs objectifs.
Les 10% qui sont très bien notés deviennent petits chefs.
Les 10% qui ne sont pas du tout bien notés s’en vont.
Avec le CE on a eu des bons d’achat pour Noël.
Ils ont sous-traité la compta fournisseurs en Grovaquie.
La participation devrait être correcte cette année.

Je mets une cravate le matin.
J’arrive toujours à l’heure.
Je vais aux réunions.
Toujours poli, bien propre, voire un peu drôle.
Je réponds aux messages, aux sms, aux coups de téléphone.
Hier, j’ai reçu un courrier qui me dit que j’en ai encore pour 60 trimestres à cotiser.

Ça va être long.

mardi 20 décembre 2011

Un compte de Noël

Le Père Noël, un stagiaire finlandais et non payé, somnolait dans son traîneau, tiré par des rennes pakistanais (en fait c’étaient des poneys avec des cornes en faux bois, attachées par des élastiques made in China donc pas super solides).
« P**** ! se disait-il (je traduis du finlandais)
Encore 25470 maisons à visiter, des I-phones, des I-pads, des I-mitations et des DVD des Ch’tis à distribuer, sans oublier ces jeux vidéos avec des soldats US qui flinguent à tout va et des hélicoptères filmés au ralenti qui les survolent ».

Il était fatigué, car il avait enchaîné ce stage avec un autre (mais payé celui là, en bons d’achats presque périmés de la coopérative des chaussures tchèques en solde).
En fait il s’endormit, garé entre deux antennes relais cancérigènes, sur le toit d’un HLM gris avec 25% de taux de chômage des moins de trente ans à l’intérieur.

Jean-Jaurès lui apparut, flanqué de Trotski, de l’Abbé Pierre et Mère Térésa.
« Fils de la glace et du vent du Nord, lui fit le bon barbu, tu dois te réveiller et porter la bonne parole aux petits n’enfants. S’ils ne prennent pas conscience de leur condition de prolétaires exploités par les cruelles world companies et les gouvernements de rencontre qui ont pu capituler comme dirait De Gaulle, alors tout est foutu ! On est reparti pour les conditions sociales d’avant 1901 ! »
« Mais comment faire ? » l’interrogea notre maigre stagiaire de rouge vêtu.
« N’aie crainte, nous avons téléchargé, c’est comme ça qu’on dit, une appseu dans tous ses hygiaphones que tu charries, la bonne parole sera transmise au Peuple. Vas et fais ton devoir, petit soldat des Libertés ! »

Et c’est ainsi que tous les smart phones de Noël permirent à chacun de s’équiper très correctement pour la grande Révolution qui suivit.

Douze choses impossibles à faire en 2012

Se garer en double file place Tahrir, au Caire

Faire le ménage dans un hôtel 5 * à New York en petite tenue

Ne pas danser sur « Lonely Boy » des Black Keys

Aimer la Grèce pour sa gestion financière intelligente, intègre, prévoyante et transparente

Avouer que l’on travaille chez Standard and P***

Demander un service discret à un vieux pote dictateur arabe

Boire un coup de trop avec Amy Winehouse

Refaire du surf à Fukushima

Dire que Dupont de Ligonès c’est noble, comme patronyme

Exiger une prothèse mammaire en pur silicone

Voter EE LV aux présidentielles et l’avouer à ses amis

Attendre encore une fois la fin du monde après le 21 décembre, minuit

lundi 19 décembre 2011

Le Grand Camembert est mort

Sanglots en boucle sur l’unique chaîne de télévision! Le Grand Camembert, Lumière Ultime du Chemin Droit est mort hier soir.
Kim Han-Mairde a péri, alors qu’il était encore en train de travailler sur le Plan des 7 Modernisations pour faire de notre Contrée le Précurseur Ultime du Progrès Magnifié.
Comme le courant était coupé, et l’importation de piles suspendue à titre provisoire (Chiens de Trapitalistes Véreux , Porcs Laqués de Libéraux Odieux !) il travaillait à la bougie, et par malchance le feu a pris dans son Peignoir Phosphorescent, bardé des 149 médailles qu’il avait mérité, de par sa Vision Périphérique de l’Avenir Eblouissant. Malgré l’intervention rapide de nos Soldats d’Elite-Incendie Secours, accourus à pied de leur caserne pourtant si proche, notre Sublime Dirigeant Vertueux était déjà en cendres quand ils arrivèrent.
Lamentations sur le triste sort de notre Explorateur Héroïque de La Pensée Parfaite !
Certains avaient des crampes, peu d’entre eux un casque, mais deux ou trois un seau quand même. Leur camion en panne depuis cinq ans ne recelait plus que paille et une pauvre poule dont on espérait peut être un œuf avant la Fête bisannuelle des Jonques Ylles.
Son fils Préféré, Kim LéBrizz- Meunuh, atterré -et Président de Bougies 3000, fournisseur officiel du Palais Rayonnant - fait un discours vibrant à la radio :

« Peuple de Réko ! Séchez vos pleurs ! N’ayez pas peur ! Le Pouvoir ne sera pas vacant et nous poursuivons notre voie vers l’Infinie Réjouissance. Je suis là pour vous guider. Je prends le titre de Grand Ramoneur du Bonheur  Assuré et d’ailleurs le courant est déjà revenu ! Demain c’est mon anniversaire et décrété Jour Férié de la Porte en Acier. Vive Moi, vive Nous, vive le Progrès Luminescent ! »

dimanche 18 décembre 2011

Monster Ship TK Dramen



Le cargo rouillé immatriculé à La Valette (vrai con Maltais) s'était échoué sur une plage de Bretagne, suite à une jolie tempête d'hiver. Il avait appareillé, équipage la peur au ventre et armateur envoyant messages incendiaires afin qu'il quitte sans tarder le port. L'avis de gros temps, de danger imminent n'y avait rien fait. Les lois inappropriées ne permettaient pas d'interdire à cette outre à gasoil perçable de se voir clouer à quai.
L'idée de pollution des côtes n'était pas plus grosse qu'un boson de Higgs dans le spectre mental de ceux qui attendaient leur cargaison.
Le navire trônait, assez majestueusement, sur la plage de sable.
Le deuxième jour, il y eut bien une manifestation des écolos, des surfeurs et des gens du coin, qui craignaient que les huîtres de Noël n'offrent le choix qu'entre le goût Diesel ou Sans Plomb 98. Mais la maréchaussée veillait au grain et tout le monde fut tenu à distance.
Heureusement, car dans la soute 1, les 350 Bakouchistanais clandestins commençaient à appeler au secours, mourant de soif et de faim.
Pas de bruit dans la soute 2, le maïs OGM étant par nature assez silencieux. Tout comme les 30 sachets de poudre blanche dissimulés dans la salle des machines. 500 montres Ralex bien imitées attendaient au chaud dans 3 valises et l'armoire personnelle du second.
Et la dernière cale ? Elle était encore tellement radioactive à cause du petit colis transporté la dernière fois qu'on n'osait plus rien y mettre (pour le moment).
Mais à part cela tout était au mieux dans le meilleur des mondes pour un petit naufrage.
Les assureurs envoyaient des salves de lettres recommandées, montant aussi haut que les vagues se brisant sur le grand phare qui éclairait, de nuit, d'un rayon faible et intermittent le vieux rafiot. 


 

samedi 17 décembre 2011

Histoire d'en rire



La décision avait été prise, à coups de tableurs du crime et d’indicateurs vindicatifs.
On allait sous-traiter !
Les fournisseurs essorés firent leurs propositions.
Tout serait fabriqué au Bakouchistan. En avant ! Roulent les délais et tournent les machines, il fallait livrer par pleins camions, des containers ras la gueule et des navires si chargés que l’on voyait à peine émerger la casquette du capitaine tant ils étaient bas sur la mer d’huile de palme.
Pour les facturettes, no problemo, on envoie tout en République Sèche et cela coûtera  une poignée de noisettes OGM.
Cependant, au Bakouchistan, le niveau de vie avait considérablement augmenté ! Les ex-prolétaires aux dents cassées étaient tous syndiqués, motorisés et propriétaires à la montagne. Certains étaient obèses, d’autres en arrêt maladie. Les plus jeunes arrivaient en retard sur les chaînes de montage, vêtus comme des mannequins milanais et jonglant avec trois I-Fads en même temps. Fini les temps bénis où l’on chantait une petite chanson en baissant les yeux dans la cour de l’usine, face au drapeau et à la fin d’une petite séance de gym.
Idem en République Sèche ! Adieu les femmes aux dents cassées et à la face rougeaude émergeant d’un vieux fichu à fleurs, les ouvrières étaient de pimpantes blondes que le vieux contremaître devait supplier de travailler. Elles se vexaient et des grèves survenaient si l’espace sauna-massage-coiffeur venait à présenter des prestations moins bonnes que celles qu’elles exigeaient avec furie.
Alors, discrètement on re-sous-traita pour coller les usines dans le Pas-de-Calais et les bureaux dans les Bouches du Rhône.
Là au moins, les gens étaient si pauvres qu’on ne risquait pas grand-chose et que ça coûtait vraiment, vraiment une poignée de noisettes OGM !

mardi 13 décembre 2011

Chyan Air

Les passagers dont le numéro de siège est impair sont priés de descendre de l’avion, la compagnie n’ayant payé qu’un demi-plein de kérosène. Vous récupérerez vos bagages au pied de l’avion et en vrac. Il pleut des cordes, la température extérieure est de 2 degrés. The passengers seating on…

Pour les bagages dont la taille excède 10X10X5 cm  vous devrez vous acquitter d’une surtaxe de 29 euros tous les 250 grammes. Concerning luggage...

Nous vous confirmons que l’aéroport d’embarquement du Paris- Barcelone est bien celui de Dax. The confirmed airport for…

Nos hôtesses en CDD de 2 mois seront payées au SMIC moldave (après une période d’essai pendant laquelle elles devront payer leurs uniformes et la formation des commandants de bord- crédit possible sur 98 mois, taux 19,98 %). Our temporary contracted hostesses…

Une taxe kaki de compensation de la compensation de 57 euros est appliquée sur tous les billets émis (et ce rétroactivement, jusqu’en Mai 2002, vos coordonnées bancaires ayant été conservées par nos systèmes d’archivage électroniques). A shit tax for….

Vous allez entendre de la publicité pendant l’intégralité du vol ; le volume sonore sera de 120dB pour une meilleure écoute. You are going to….

Si vous vous portez volontaire pour nettoyer les toilettes payantes après l’atterrissage tardif de l’appareil, une remise exceptionnelle de 5 euros vous sera consentie sur votre prochain billet (si pris dans les 24h00 après le décollage du vol concerné). If you volunteer to…  

Jamais, plus  jamais, je ne monterai plus dans vos avions, ni ne poserai mon Q dans vos sièges inconfortables aux couleurs criardes. Je préférerais louer une moissonneuse-batteuse amphibie pour faire un trajet Paris-Papeete que de vous donner le moindre cent.
Gosh ? What the f…..

lundi 12 décembre 2011

l'Affaire

Le scandale n’en finit pas de rebondir, retentir, éclabousser et salir de plus en plus de réputations.
La milliardaire très âgée, fille unique de la reine des poudres à récurer les canons, est complètement lucide. Aussi complètement enfermée à triple tour dans une clinique privée et assommée de calmants. Sa fille a réussi à la faire déclarer inapte et irresponsable, afin de mieux contrôler les rouages du conglomérat et le fleuve argenté des dividendes. Mais le défunt mari de celle qui était surnommée Lady Zinzine a collectionné les amants comme les Bugatti et les tableaux de maîtres. Or, l’un d’entre eux, sculpteur sur caramels mous, s’est rendu cocasse auprès de la vieille dame et lui a soutiré des montagnes de dons et cadeaux.
Hélas, les héritiers de la Zinzine, aigres de rage en bavent d’effroi et font enfermer l’ancêtre du côté de chez Château Benzodiazépine.
Hélas encore, les largesses ne s’étaient pas arrêtées là ! Des enveloppes roses, grasses de forts craquants billets de banque avaient été distribuées avec une générosité sans pareille aux Zélus de la commune de résidence de Maadaame et, pouf !, les Zélus ayant fort bien progressé dans la hiérarchie des Zélus, des esprits chagrins s’étaient rappelé avoir tout vu ! Oh !
Pire encore, le défunt mari (Grand Croix de la Lésion-Donneur, Zélu des Putaies) a été surpris dans une chambre d’hôtel à Nouille York en train de chevaucher un homme de ménage malien sous l’œil des caméras de surveillance ! Lequel porte plainte, grâce à la cassette vidéo récupérée par un sien pote, chef de la Sécurité et aussi ami sur Fècebouk avec le chef du Parti des Zélus…


Non, mais, vous êtes dingue, une histoire pareille, c’est trop improbable. Trop tiré par les cheveux. Allô, Réal ? Envoyez- moi un autre scénariste !       

dimanche 11 décembre 2011

Arthur H, notation triple G


Cher Serge Gainsbourg,

Vous nous manquez.
Des brutes et des truands ça court les rues, mais les vrais poètes et les artistes pas politiquement corrects se font aussi rares que des poinçonneurs des Lilas.

Vos enfants, Charlotte et Lulu, nous donnent encore à songer à vous, touchants et beaux. Mais ça vous le savez, assis à droite du fumeur de havanes, piquant le whisky des vieilles canailles admises là-haut. Vous saluerez Robert Lamoureux de ma part.
À propos d'enfants qui réussissent, j'ai vu un formidable concert à la Clef, Saint-Germain en Laye. Je me demandais si vous n'étiez pas intervenu dans l'inspiration de ce truc.

C'était Arthur H, fils d'un autre sacré bougre (je ne sais si vous étiez bien copains, mais j'insiste).
Concert de plus de 2 heures au cordeau, superbe, avec des musiciens royaux et une scène de velours.
Un vrai bonhomme, doté d'une voix grave et chaude. L’œil vif, la barbe de 3 jours, une dégaine reconnaissable, un pif à fumer sous la douche et des oreilles décollées. Tiens, ça ne vous rappelle rien ? De la répartie et des remarques marrantes pour le public.
Un type qu'on adore a cappella, encore plus avec un groupe et tout autant en piano-voix.
Des chansons avec de grands textes dedans, des histoires compliquées ou hot, qui nous font voyager. On embarque de San Francisco à Shangaï et on en tombe « Baba Love » (récemment une jolie muse l'a inspiré pour son excellent dernier album).
Lunaire, langoureux et romantique, Arthur H vous donne la patate tout en restant sacrément intelligent.
Cher Mister Serge, avec tout ça dans le cocktail, vous ne trouvez pas qu'il mérite la Grand Croix du Mérite Gainsbourgien, un triple G. à Tête de Chou ?

« La réponse est oui p'tit gars » fit une voix venue de la blanche écume de Malibu.. 


voir intégrale de ce beau concert sur le site ARTE LIVE, lien ci après

samedi 10 décembre 2011

Black Plak

Chers élèves, je vais vous décrire un phénomène urbain courant depuis vingt ans : la Black Plak.

Rappel. Dès la fin du XXème siècle, le nombre croissant de véhicules automobiles mis en service sur Terra et leur concentration en agglomération ont généré un phénomène appelé « embouteillages ». Il s’agit de ralentissements du trafic, temporaires, mesurés et dotés d’une saisonnalité. L’on avait connu des évolutions, des pics et des records. Regardez ce schéma ; avant, pendant et la courbe d’évolution qui monte puis évolue vers des valeurs basses soit la fluidité. Pipotrosky a inventé en 2017 une échelle pour mesurer la « gravité » et l’ampleur de l’embouteillage, suite aux neiges qui paralysèrent l’Europe cet hiver là. Elle va de 0 à 13.
La première Black Plak est apparue à Paris un 10 décembre. Il s’agit de la phase de mutation solide-dure du phénomène que je vous ai décrit.
La Black Plak s’accompagne tout d’abord d’une « épidémie » de comportements psychotiques lors d’un embouteillage mesuré à 12. 3 de Pipotrosky, à T0 plus 6. Premier symptôme : les conducteurs craquent et se battent par zones (exemple : un carrefour). 
En moyenne 39 minutes après la première automobile brûle. Cela est mathématiquement prouvé. L’engorgement des voies de circulation est absolu. La panique se diffuse. 78% des conducteurs abandonnent leurs véhicules et s’enfuient. La zone s’étend en superficie. 
Les autorités déclarent l’état de Black Plak avéré, lorsque que le nuage de fumée dépasse 1750 mètres. La ville est bloquée, cela peut durer de 9 à 19 jours. Un couvre feu est décrété. Seuls les services spécialisés sont autorisés à circuler. 
789 Black Plak ont été recensées l’an passé dans le monde. 
Rentrez chez vous, chers élèves, il est déjà 13H30. 
On est à 8.6 sur l’échelle de P.


Le café 70's

Je buvais un expresso dans un café-tabac et fus soudain immergé dans un bulle d’espace-temps made in France.

Elle court, elle court la maladie d’amour, se mit à chanter la radio. Ce devait être le signal.

J’étais sur ma chaise, modèle 1968, incapable de bouger. La patronne, 60 ans, décolorée platine passe devant moi avec un « bonjour M’sieu » et s’en va inscrire les plats du jour sur l’ardoise. Filet de bœuf sauce béarnaise à 12,80, mais quand même harengs pommes à l’huile, 7 et œufs durs mayo à 5, 50. En francs ou en euros ? Je n’ose le demander, fixant sur une étagère poussiéreuse derrière le bar, une rangée de bouteilles bien alignées comprenant de l’Orangina et du Cacolac. Le pastis et l’whisky sont bien astiqués. Impossible de me mouvoir. Mon système auditif capte la conversation entre deux sexagénaires à blouson sur : « rouler bourré en auto, ben, c’est aussi dangereux que rouler bourré en voiture, en fait ». Un autre se saisit du journal et parle des impôts et de ceussent qui n’en paient jamais. Je touille mon café, l’air absorbé. On pourrait s’adresser à moi. 3 ouvriers en veste fluo ont laissé tomber la tranchée qu’ils creusaient dehors et s’exclament en un dialecte inconnu. Une vieille dame courbée demande du thé. Les verres contentant une serviette de papier savamment pliée attendent patiemment l’heure du déjeuner, tandis que des pots de moutarde recouverts d’une pellicule solide marron sur le dessus attendent un coup de petite cuillère. Sur le zinc, une boule en inox ouverte contient des morceaux de sucre enveloppés. Un appareil de télécoms relié avec l’an 1973 ? 
La machine à moudre le café émet un bruit assourdissant, mais personne ne semble l’entendre. Vais-je apercevoir Pompidou en couverture du quotidien posé à côté de moi ?

jeudi 8 décembre 2011

Vote, étranger !

Non mais, oh, là, dites donc ! Quel est ce chambard, ce débat d’arrière garde et qui renifle la fin de XIXème siècle ? Les étrangers ne pourraient pas voter ? Et on ne parle que des scrutins locaux, qui plus est… Je rêve ?
Est-ce une plaisanterie ou les prémices du retour de la gabelle ? Je prévois d’acheter une bourse pour y mettre mes écus et une armure pour me battre contre les sarrasins ?
Alors Messire le basané, vous travaillez en nos contrées et payez moult taxes, faites marcher le petit et le grand commerce, remontez à coups de joyeux bambins notre score de fertilité mais pour l’isoloir : nenni, pouik, passez vostre chemin !
Ce débat n’est même pas posable, tant il est ridicule et infâmant. Ce serait à se fêler des côtes de rire, si la réalité n’était bien là.
Avec le spectacle-qui coupe l’appétit-des visages pincés de ceux qui vous expliquent que « le citoyen, c’est la naaaation, il faut être François pour qu’ icelui voter puisse ».
Tiens, vous les notables aigris, passez donc les épreuves du 4X4 marathon triple saut de documents pour  l’avoir le joli passeport hexagonal ! (c’est une image, il est quand même rectangulaire…)
Voilà, c’est dit. Allez, fixons la durée minimale pour donner ce droit de vote à un sympathique être humain qui nous fait le plaisir de contribuer à l’effort national économique (mieux tourné que « Bambaata, Rachid et Xi vous votez pas ! », n’est-ce pas ?)
Allez 5 ans, genre quinquennat, vous voyez l’allusion ou je vous retire le doigt de vote ?

mercredi 7 décembre 2011

Il suffira d'un single

On se disait blasé ou un peu naze. Les oreilles bouchées par cette daube compacte et envahissante qui coule des ascenseurs, dans les autoradios et parfois de votre propre TV si vous n’y prenez garde. De la muzak sans âme, made in Plastique Productions qui s’accumule sur les ondes et dans les rayons des vendeurs. Du mauvais, du collant, enrobé de paillettes et de crème qui fait mal aux artères. De pénibles académies décervelées qui produisent à la chaîne de jeunes poires au chocolat sans cacao, essayant de singer l’acte d’amour du vrai rockeur, mais aussi talentueux qu’une bouse de zébu sèche. Les gars, ce n’est pas la production qui fait la musique, c’est l’intention. Mettez une banane à un robot et un pantalon de cuir à une chèvre, mais vous aurez toujours un robot et une chèvre à la fin du concert.
De temps en temps, il y a un air qui crève l’écran, qui fait péter les compteurs et surtout vous fait chanter dans la voiture, comme un âne heureux. Ça s’appelle un single, un tube, une scie musicale voire un buzz et cela détient le pouvoir de vous agiter avec force ET avec classe.
Un  riff de guitare crado, une batterie binaire, un couplet et des refrains qu’on retient bien avec une jolie voix qui traîne. Le tout avec le bon rythme et on peut claquer des doigts à la deuxième seconde.
Aujourd’hui je vous cause dans le poste de la chanson « Lonely Boy » des Black Keys. 3 minutes 14 et puis basta, on a juste envie de danser, comme le black guy avec sa chemise rose du clip trouvé sur Youtube. En plus ce type, il a l’air super sympa, il s’emmerde ferme dans son « office », alors il déchire tout en swinguant avec le plus grand sérieux du monde.
La vidéo a coûté 16 dollars, mais au niveau rock and roll, c’est l’homme qui valait 3 milliards.
 Waow.

lundi 5 décembre 2011

Même pas en rêve (part2)

L’orateur qui devait passer juste après (le VP Finance USA) se précipita d’un bond pour tendre un autre micro au Président, mais il avait oublié la table basse en verre qui se trouvait sur le podium central et il chuta lourdement, brisa la table qui explosa en mille morceaux. Il se releva, l’arcade sourcilière gauche projetant des flots rouges, le tout filmé par les trois caméras automatiques qui suivaient tout ce qui se passait sur la grande scène sur-éclairée et décorée aux couleurs de la marque. Le tout, bien sûr retransmis en direct et Webcast Internet dans 27 filiales. Dans la panique qui suivit, dix personnes arrivèrent en courant sur la scène. Un pompier, 2 médecins, 3 staffs de l’audio-visuel et 4 attachées de direction. A ce moment précis lâcha un des 2 câbles qui retenait la Kyapel XX1 suspendue à dix mètres du sol. Un « chhtoïnk » métallique claqua. La voiture, désormais attachée par un seul filin décrivit un magnifique arc de cercle, presque au ralenti, et alla fracasser l’écran multiplex qui surplombait la scène centrale, détruisant le logo de la marque tout en néons qui se volatilisa. Les autres orateurs dans un même élan plongèrent à terre et la foule refit ôôô. Puis îîî et âââ, car un au crépitement des néons explosés succéda la vue des flammèches d’un début d’incendie. Quelqu’un avait oublié de vider le réservoir du véhicule qui pendait tel un lièvre mort au milieu des rideaux en lambeaux et des étincelles. De l’essence en coulait à flots. Les sprinklers incendie se déclenchèrent, trempant tous les participants d’une eau glacée et grise. Tous voulurent en même temps se jeter vers les sorties de secours.
Et c’est pile là, Monsieur le Commissaire, que les preneurs d’otage du Chemin Incandescent sont arrivés.