mardi 27 décembre 2011

Je regarde le ciel


Dans l'eau salée, je fais la planche. Le ciel est bleu, et là haut passe un nuage. Je flotte, mes oreilles immergées, respirant fort par le nez et gonflant mes poumons. Je pourrais rester des heures, à faire la planche et à dériver lentement.
C'est la fin de l'été, il fait encore bien chaud.
Tout est si calme, il n'y aura plus jamais personne sur la plage. Des vacances infinies s'ouvrent devant moi et il n'y aura plus de rentrée non plus. Plus d'élèves, ni de professeurs d'ailleurs. Pas plus d'écoles, ni de bureaux, de magasins et de cinémas.
Plus une voiture ne fera rugir son moteur, dans une ultime tentative de fuite. Tout est rasé, soufflé, parti en fumée.
Le temps est libre à nouveau, faute d'horloge qui lui court après.
La nature va reprendre ses droits sur les ruines et ce que le grand incendie a laissé dépasser des cendres. Les bâtiments encore debout commencent déjà à avoir un petit air penché. Des petits bouts d'herbe apparaissent dans les crevasses du bitume fendu et des restes de route tordus, modelés, comme soulevés par un main d'enfant malhabile. Mais très énervé, cet enfant.
J'ai du casser la dernière vitre encore intacte avec ma fronde, il y a quatre ou cinq jours. C'était tout près d'ici, dans cette petite ville de la côte.
Dans l'eau salée, près de la plage bombardée, je fais la planche. Une courte pause avant de repartir à la recherche d'un peu de nourriture. Et s'abriter avant la nuit.
Surtout, s'abriter avant la nuit. Bien bien se cacher.
Avant qu'ils ne sortent en grattant le sol et en poussant leurs cris. lls passent parfois si près.
C'est indispensable de bien se cacher pour la nuit si je veux pouvoir encore faire la planche demain. Et le jour d'après.
Et le jour d'après.

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