samedi 12 mai 2012

Veille inactive



Giorgio P. était sûr de se voir licencier rapidement, mais rien ne venait. Depuis dix ans, il occupait un poste de cadre moyen, à vrai dire pas très utile. Il travaillait sans faire de bruit, ni sans se faire excessivement oublier.
Il arrivait au bureau et brassait les e-mails, participait à quelques réunions et répondait présent à toute invitation pour une téléconférence.
Il figurait sur les listes des personnes à inviter lors du séminaire annuel ou de formations de mises à jour de logiciels x ou y.
Tout en ne produisant aucune valeur ajoutée, il demeurait dans les effectifs du QG Europe, alors que les coupes de personnel faisaient rage dans les usines et les équipes de vente.
Il présentait bien, savait sourire et saluer ses collègues, comme les inconnus qui, dans le doute, lui rendaient son salut.
On le voyait aux pots d'adieu et serrer la main à des cadres de niveau F4, nul n'aurait songé à mettre en doute son poste, dans le grand immeuble de verre et d'acier. Il changeait de chef tous les 16 mois, et ces jeunes cadres laissaient dans son dossier une évaluation assez positive, par défaut.
Il a commencé à ne plus venir le lundi. Puis il a répondu aux e-mails de chez lui le vendredi. Enfin, il s'est arrangé pour ne participer qu'à des téléconférences. Il venait encore à la cantine une fois par semaine, à quelques meetings visibles et à son entretien annuel d'évaluation. Il s'arrangea pour travailler exactement trois heures par semaine et personne ne s'en rendit compte, car son employeur avait été racheté par un groupe de Qubaï qui mit très longtemps à restructurer et fusionner trois entreprises du même secteur.
Il reçut à 64 ans sa lettre de mise à la retraite, par le courrier qu'il faisait suivre en Toscane où il vivait déjà depuis l'âge de 57 ans.


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