dimanche 8 juillet 2012

Nettoyage à sec


Le Président de la multinationale compliquée, Peter Langreodo avait le blues. 20H56 disait l'horloge de son vaste bureau. Il était seul, la dernière téléconférence du vendredi avec ses zélés Directeurs était terminée. Le personnel avait quitté le Siège.
Épuisé, il but un fond de verre de Coca Light tiède, portant encore une vague trace de rouge à lèvres.
Son souci était autre : vieux renard du monde infernal des firmes, il sentait que la sienne était frappée d'un malaise étrange, d'une paralysie surprenante. Plus d'idée pertinente, plus de fulgurance ni d'avancée ne montaient jusqu'à ses oreilles flattées. Plus d'initiative, de découverte, de nouveauté.
Uniquement des rapports accablés et des complications procédurales, sans oublier une courbe des dépenses frénétiquement priapique.
Il décida d'aller fureter dans l'énorme bâtiment. Un veilleur de nuit l'aperçut sur son écran de contrôle verdâtre, pensa « oh, gaffe, c'est l'grand yaka » et Langreodo poursuivit sa ronde inquisitrice.
Rusé, il inspecta les imprimantes partagées et fut surpris d'y trouver tant de documents abandonnés, attendant une main charitable qui les jetterait dans une poubelle gloutonne.
Fort de ce bel échantillon de la production de ses troupes, il retourna les bras chargés dans son bureau.
Il se mit à tout décortiquer avec son sens aigu de l'analyse.
À 01H56, il commença à comprendre.
À 02H23, il avait le rouge au front.
À 03H24, il rédigea une note brève à son directoire, sortit et rentra chez lui à pied.
Le lundi suivant plus aucun des 245 consult-sangsues ne fut admis dans le bâtiment, leurs contrats furent récusés, leurs bureaux déblayés.
Une première mondiale qui fit jurisprudence.
Langreodo ne resta plus boire en solitaire du Coca tiède le vendredi soir à des heures tardives.


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