lundi 10 septembre 2012

Domino domini

D’innombrables espèces végétales et animales avaient été éliminées de la surface de la Terre et des grands océans. Rien n’arrêtait l’espèce humaine, fort occupée à défricher, pêcher, brûler, pourrir, noircir et surtout manger.
Avouons-le, jusque là, les conséquences avaient été limitées. Il y avait quelques belles âmes pour faire un peu de bruit, mais la marche en avant de ceux qui marchent debout n’en était pas entravée. Adieu dodo, bandicoot à pied de cochon, rhinocéros noir d’Afrique,  foulque des Mascareignes, et dix mille plantes au nom latin, oubliées à jamais.
Un jour, un bateau-usine russe rejeta dans une mer fatiguée les derniers spécimens (raides morts) de crevettes à col crénelé tri-pince. Il pêchait des thons à œil rouge, quasi-éteints. Il ne s’attardait pas pour trier les espèces capturées.
Ne pouvant manger de crevettes à col crénelé tri-pince, les baleines grisâtres à fanons inversés se mirent à dépérir. Leur disparition entraîna une hausse subite de la population des requins délateurs. Ils pourchassaient sans relâche les bancs de maquereaux de Smith, qui migrèrent alors en masse vers la mer des Sargasses et les côtes du Mexique. Ils se multiplièrent par milliards. Leurs bancs étaient suivis d’énormes colonies de méduses papardelles. La masse gigantesque de poissons frétillants et de méduses dérivantes finit par ralentir le flux d’un courant marin capital, lequel fit fondre la banquise de Nielse à hauteur de 87%, au lieu des 56% habituels. De fait, un pan gigantesque de terrain de schiste bicolore glissa, entraînant un léger séisme de type Ondulo 3, via la faille de Schneirgen, puis vers le Groenland et l’Islande. C’est cela qui a fait exploser le volcan oublié, l’Yraedkdlsppöö.
Et là, les ennuis de l’humanité ont vraiment commencé.

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