vendredi 19 octobre 2012

Joie liquide

Demain, il ne nous restera plus que le bonheur.
Quand la dernière usine aura été fermée. Quand le dernier plan social aura été annoncé. Quand travailler sera devenu une anomalie. Et quand les pauvres, là-bas, auront tous été libérés pour consommer sans filet, sans protection.
Nous lècherons les vitres et les vitrines, tous les parcs et tous les parkings. Nous engrangerons des nuages d'actions, des montagnes de dividendes sous les cieux dorés des frères solidaires qui ont tout partagé, planifié, arrosé.
Enfin, car les richesses sont pour tout le monde. Enfin, car des gares nous ne verrons plus que fumée.
Nous nous aimerons avec qui ? Entre nous comme toujours, avec des plus heureux, contre des bottes de paille, des camions entourés de nuées, de gaz. Contre des murs, des barreaux et des frontières. Une fois Bruxelles adorée, nous serons bienheureux.  Sous les ordres des ministères et des parlements, il y aura de l'or et des diamants.
Ceux qui nous ont aidés, formés, sponsorisés, où sont-ils passés, où sont-ils cachés ? Comment embrasser les instituteurs, féliciter les infirmières, basculer les donateurs, essorer les brasseurs, et décorer les philanthropes ?
Prendre un bateau pour les Îles Moustique et les paradis idéaux lointains, ceux qui brassent les hérauts et les fins, à tire d'aile de tout ratage ?
Aller les aborder, fleur au fusil et trouver quoi ? Des bureaux vides et des ordinateurs déjà déconnectés, un peu de sable et des esclaves libérés?
Etayer la Suisse sur la carte ? Couler Jersey à coups de baisers ? Recouvrir le Luxembourg de bouquets ? Décorer Monaco à coups de brioches et mettre le feu à leur amour fort et leurs princesses en salopette ?
Ou bien oublier tout ça, mettre le volume sur 5 et danser, bouche ouverte, en attendant le bleu ciel ?

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